Le djembé est un instrument ancien du
Mandingue. Il constitue aujourd’hui encore un élément essentiel de la
préservation et de la revitalisation de la culture locale. Il est notamment
joué lors des réjouissances populaires, des cérémonies traditionnelles et
d’autres événements communautaires afin d’égayer l’assistance et de donner une
dimension particulière à la fête.
Les djembés se distinguent selon les matériaux
utilisés pour leur fabrication, leur sonorité et les traditions propres à
chaque localité. Leur apprentissage exige de la patience, de la pratique et une
bonne connaissance des différents rythmes.
Afin d’en savoir davantage sur cet instrument,
sa pratique et les avantages qu’il peut procurer, nous sommes allés à la
rencontre de Sedou Doumbouya, plus connu sous le nom de « Sedou
Djembé », un joueur résidant à Sackodou-Koundjan.

Plus de
vingt ans consacrés au djembé
Sedou Doumbouya explique qu’il a commencé à
apprendre le métier auprès d’un compagnon qu’il suivait régulièrement sur les
lieux de prestation. Cette passion a fini par prendre le dessus sur ses études.
« Mon père ne m'a pas interdit de jouer, ma
mère ne me l'a pas interdit non plus. Même mes proches me disent aujourd'hui
d'aller jouer là où l'on sollicite la musique. J'ai appris ce métier auprès
d'un compagnon. Je quittais l'école pour le suivre sur les lieux de prestation.
C'est ainsi que, par la volonté de Dieu, mes études se sont arrêtées. Entre le
moment où j'ai commencé et aujourd'hui, plus de 20 ans se sont écoulés, et j'en
ai tiré de nombreux bénéfices.
Si vous voyez que mes proches me soutiennent
aujourd'hui dans cette activité, c'est grâce à ses retombées positives : j'ai
pu m'acheter une moto ainsi que d'autres biens. »
Au fil des années, cette activité lui a donc
permis d’acquérir plusieurs biens et de gagner progressivement le soutien de sa
famille et de ses proches.
Des
instruments fabriqués avec différentes essences de bois
Il existe plusieurs types de djembés, selon
l’essence de bois utilisée pour leur fabrication. On trouve notamment des
instruments fabriqués avec du bois de woro, de djala, de lenké
ou encore de Gbèn.
D’après Sedou Doumbouya, le djembé fabriqué
avec du bois de woro reste le plus apprécié en raison de sa qualité et de sa
sonorité.
« Le djembe que je possède actuellement est
fait en bois de woro. De tous les djembes, celui en woro est le meilleur. À
défaut, on utilise des bois comme le djala ou le lenké, suivis du Gbèn. Ce sont
ces essences de bois que l'on taille pour fabriquer le djembe. Sur la Côte
d'Ivoire, on l'appelle woroko, tandis qu'ici nous l'appelons woro djembe.
Pour ma part, je suis capable de jouer tous
les styles de djembe : le style Wassolon, le style Peulh, et bien d'autres. Les
rythmes ne sont pas les mêmes d'un endroit à un autre ; par exemple, la manière
de jouer ici est différente de celle de Kignèran. »
Les techniques de jeu varient en effet d’une
région à une autre. Chaque localité possède ses propres rythmes, ses codes et
sa manière particulière d’accompagner les cérémonies.
Selon l’instrumentiste, du Wassolon jusqu’à
Siguiri, il parvient à s’adapter aux différents styles de jeu. Même lorsqu’il
se produit au milieu de plusieurs musiciens, sans nécessairement occuper la
première place, il estime ne jamais figurer parmi les derniers. Il affirme
maîtriser aussi bien le djembé que le doundoun, ce qui témoigne de sa
polyvalence.
Un
instrument incontournable dans les cérémonies traditionnelles
À Sackodou-Koundjan, le djembé ne sert pas
uniquement à divertir. Il accompagne également certaines cérémonies et
pratiques traditionnelles. Sa présence est notamment indispensable lors de la
sortie des masques Konden.
« Le djembe a une grande valeur dans le village.
Lorsque des réjouissances ou des fêtes traditionnelles ont lieu, le djembe est
incontournable. Par exemple, lors de la sortie des masques Konden chez nous, le
djembe doit obligatoirement accompagner le rituel, sinon la fête n'est pas
réussie.
La fabrication du djembe exige plusieurs
éléments. Les cordes utilisées pour le tressage et la tension peuvent coûter
jusqu'à un million de fg, et on ne les trouve pas facilement ici, sauf en Côte
d'Ivoire. Sans ces contacts et ces échanges, on ne peut pas monter
l'instrument. De plus, la peau utilisée ne provient pas de n'importe quelle
chèvre ; il faut des peaux de grands boucs bien spécifiques. »
La fabrication d’un djembé nécessite donc des
matériaux particuliers, souvent coûteux et difficiles à trouver sur place. Les
cordes servant au tressage et à la tension de la peau peuvent, selon lui,
coûter jusqu’à un million de francs guinéens. Certaines doivent être
achetées en Côte d’Ivoire.
La peau utilisée doit également provenir de
grands boucs répondant à des critères précis afin d’obtenir une sonorité de
qualité.
Des
sonorités comprises uniquement par les initiés
Certaines sonorités produites par le djembé
ont une signification particulière. Elles ne sont comprises que par les
initiés. Un non-joueur ne peut généralement pas les interpréter et, même parmi
les instrumentistes, tous ne maîtrisent pas ces codes.
Sedou Doumbouya déplore cependant le déclin
progressif de cet art. Selon lui, les joueurs de djembé deviennent de plus en
plus rares. Autrefois, cette activité était davantage rentable. Aujourd’hui,
les occasions de gagner convenablement sa vie sont surtout présentes dans les
zones rurales, où les cérémonies traditionnelles demeurent nombreuses.
Malgré ces difficultés, il n’a pas abandonné.
Sa capacité à continuer dépend essentiellement de l’état de son matériel et des
possibilités de prestation qui se présentent à lui.
Il affirme également avoir créé une école de
djembé dans une autre localité, où il aurait déjà formé environ six personnes.
Le manque
d’encouragement des parents menace la transmission
L’instrumentiste regrette que de nombreux
parents hésitent à orienter leurs enfants vers l’apprentissage du djembé.
Certains considèrent que cette activité n’offre aucun avenir professionnel.
Pour Sedou Doumbouya, cette perception est
dangereuse pour la survie de la tradition. Il estime que la musique peut
procurer des revenus, apporter la notoriété et permettre aux artistes de
participer au développement de leur communauté.
« Si vous demandez aux gens d'inciter leurs
enfants à apprendre à jouer, ils vous diront que ce n'est pas un métier
d'avenir. Pourtant, on peut tout obtenir grâce à la musique : on peut bâtir une
mosquée grâce à elle, ou même accéder à la notoriété. Un dirigeant peut se réjouir
de la présence de la musique lors d'un événement. Si nous abandonnons le jeu du
djembe aujourd'hui, cette tradition s'éteindra, car personne ne viendra de
lui-même me demander d'former son enfant. »
À ses yeux, si les derniers instrumentistes
abandonnent sans transmettre leurs connaissances à une nouvelle génération, la
tradition du djembé risque de disparaître progressivement.
Un appel à
l’aide pour préserver cet héritage
Pour terminer, Sedou Doumbouya lance un appel
aux autorités, aux ressortissants de la localité et aux personnes de bonne
volonté.
Il souhaite bénéficier d’un accompagnement,
notamment en matériel de fabrication et de prestation. Selon lui, une telle
aide permettrait aux joueurs de mieux exercer leur métier, de former davantage
de jeunes et de donner une nouvelle dimension à cet art traditionnel.
À Sackodou-Koundjan, la présence du djembé
montre que la culture locale n’est pas encore totalement perdue. Mais sa survie
dépendra de la capacité des communautés à soutenir les instrumentistes et à
assurer la transmission de leur savoir aux nouvelles générations.


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