Le récit est d’une brutalité saisissante. Devant la Chambre criminelle de Ziguinchor, O. Sadio, serveur à Cap-Skirring, a reconnu avoir massacré sa compagne, Binta Diatta, dite Binta Fall, le 10 février 2024, dans leur appartement du quartier Montagne.

À la barre, l’accusé assume sans détour : « Je reconnais avoir tué ma copine Binta Diatta […] qui m’avait énervé. J’ai usé d’un coupe-coupe pour commettre l’irréparable », lâche-t-il, avant d’ajouter, visiblement accablé : « Je ne sais même pas comment j’ai pu faire ça. »

Pourtant, dans les heures qui suivent le drame, l’homme tente de brouiller les pistes. Il se présente de lui-même à la brigade territoriale de Cap-Skirring, affirmant avoir découvert le corps sans vie de sa compagne vers 15h45. Une version rapidement mise à mal par les enquêteurs.

Sur les lieux, les gendarmes découvrent une scène particulièrement violente : la victime gît sur un matelas, partiellement recouverte d’un drap, le corps marqué par de multiples blessures profondes, notamment à la tête, au cou et aux membres. L’autopsie confirmera une mort causée par une hémorragie massive, consécutive à une entaille béante au cou.

Les éléments matériels accablent davantage l’accusé. Un coupe-coupe ensanglanté est retrouvé dissimulé sur le toit d’une chambre. À cela s’ajoute un vêtement identifié par la sœur de la victime comme appartenant à O. Sadio, renforçant les charges.

Au fil de l’audience, un tableau plus sombre encore se dessine. Selon la sœur aînée de Binta Diatta, la victime subissait des violences physiques répétées de la part de son compagnon, bien avant ce dénouement tragique.

Face à ces éléments, le ministère public n’a laissé aucune place au doute, requérant vingt ans de travaux forcés contre l’accusé, estimant les faits « clairement établis ».

La défense tente néanmoins d’atténuer la qualification pénale, plaidant l’absence de préméditation. « La préméditation n’est pas établie. Mon client est un homme malheureux […] il a tué sa compagne par amour », a soutenu l’avocat, appelant à une requalification en coups et blessures volontaires.

Au-delà du procès, cette affaire met en lumière une réalité persistante : celle des violences conjugales silencieuses, qui basculent parfois dans l’irréparable.

La Chambre criminelle a mis l’affaire en délibéré. Le verdict est attendu le 1er juillet prochain.