À Kankan, la pénurie d’essence est devenue une souffrance quotidienne. Depuis près de deux mois, les habitants passent de longues heures devant les stations-service dans l’espoir d’obtenir quelques litres de carburant. Les files d’attente commencent souvent dès l’aube, mais beaucoup repartent les mains vides. Dans les rues, le marché noir, autrefois visible, a presque disparu. Lorsqu’on trouve de l’essence de façon clandestine, le litre se négocie entre 20 000 et 25 000 GNF, parfois plus.

Dans les stations, la fatigue se lit sur les visages. Certains viennent de loin, parfois des villages situés à plusieurs kilomètres de Kankan. C’est le cas de Nounkè Condé, natif de Gbèrèkö, derrière Soumankoï. « Depuis 7 heures du matin, nous sommes là. Nous appelons le gouvernement à nous aider à obtenir de l’essence, sinon la population va continuer à souffrir de cette pénurie. Rien ne va sans essence », témoigne-t-il. Il dit avoir parcouru environ 14 à 15 kilomètres pour chercher du carburant. « Hier déjà, j’étais là et je n’ai rien obtenu. Aujourd’hui, je suis de retour et depuis notre arrivée, nous faisons la queue debout », ajoute-t-il.

À la station météo, Ousmane Konaté dénonce une situation qui bloque même les élèves et les travailleurs. « La souffrance que nous endurons ici est difficile à exprimer. Je suis là depuis 6 heures du matin et je n’ai toujours pas réussi à obtenir de l’essence », confie-t-il. Selon lui, cette crise freine la mobilité et paralyse les activités. « Nous lançons un appel au préfet de Kankan pour qu’il mette fin à cette crise qui paralyse toutes nos activités. En tant qu’élève, je n’ai toujours pas de carburant pour me rendre à l’école. Les autorités doivent se pencher sur cette situation, car ce n’est pas digne de notre pays. »

Pour Moustapha Diaby, chauffeur de « katta-katta » depuis trois ans, la crise est aggravée par la spéculation. Il accuse certains citoyens d’acheter le carburant dans les stations pour le revendre plus cher. « Pendant que certains veulent que cela s’arrête, d’autres souhaitent que la situation perdure. Dans ces conditions, on ne s’en sortira pas », déplore-t-il. Avant d’ajouter : « Certains viennent remplir le réservoir de leur moto ou de leur voiture uniquement pour aller revendre le carburant plus loin à 20 000 ou 25 000 GNF. Si cela continue, la crise sera sans fin. »

Le chauffeur s’interroge aussi sur la gestion de la distribution dans certaines stations-service. « Il se peut aussi qu’il y ait une complicité entre les gérants de stations-services, qui s’organisent en disant : “Toi, tu sers aujourd’hui, et l’autre servira demain.” Comment le travail peut-il avancer dans de telles conditions ? », demande-t-il. Il affirme que le carburant existe, mais qu’il est souvent caché. « Aujourd’hui, on n’en voit plus du tout en public. Si quelqu’un en possède, c’est caché dans les maisons, et quand on leur en demande, ils fixent le prix à 20 000 ou 25 000 GNF. »

Kémo Condé, natif de Badakö, dit avoir passé plusieurs heures sous le soleil sans être servi. « Si nous disons qu’il n’y a pas de souffrance en ce moment à Kankan, nous mentons. Depuis 6 heures du matin, et alors qu’il est presque 13 heures, nous n’avons toujours pas réussi à avoir de l’essence », raconte-t-il. Selon lui, la situation touche durement les villages environnants. « Nous venons des villages environnants et si nous ne trouvons pas de carburant, notre marché sera complètement bloqué. La détresse dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui, seul Dieu la connaît. »

Il dénonce également la hausse des prix dans la revente clandestine. « Aujourd’hui à Kankan, si tu veux un litre, tu dois payer 25 000 ou 30 000 FG pour l’obtenir. Sans cela, tu n’as rien », affirme-t-il. Très amer, il interpelle les responsables locaux : « Nous sommes vraiment déçus des autorités de Kankan. Il ne faut pas cacher notre souffrance, car ce sont elles qui devraient veiller sur la population. Pourtant, depuis le matin, nous sommes abandonnés sous le soleil et personne ne dit rien. »

Malgré l’ampleur de la crise, les habitants disent n’avoir reçu aucune explication claire des autorités sur les causes de cette pénurie ni sur les mesures prévues pour y mettre fin. À Kankan, l’essence est devenue rare, chère et source de tension. Pendant ce temps, les files d’attente s’allongent, les activités ralentissent et la population continue d’attendre une réponse.