Chaque métier possède ses réalités et suscite des opinions différentes sur la manière de l’exercer. Depuis plusieurs années, de nombreux parents manifestent une certaine réticence à l’égard de la coiffure. Certains considèrent les salons comme des lieux susceptibles de favoriser la dépravation des mœurs chez les jeunes filles. D’autres estiment que l’argent tiré de certaines pratiques de coiffure ne serait pas béni par Dieu et que ce métier ne conviendrait pas à une enfant musulmane.

Face à ces perceptions divergentes, notre reporter est allé à la rencontre des professionnelles des salons de coiffure, des apprenties ainsi que des parents, afin de recueillir leurs avis sur la question.

Le mardi 14 juillet 2026, notre enquête nous a conduits dans plusieurs salons de coiffure de Kankan. À Sékèfara, M’Barou, coiffeuse et fondatrice d’un salon, a dénoncé les préjugés qui entourent encore son métier.

« C’est un métier très rentable »

« Chacun a son opinion à l'heure actuelle. Vous pouvez voir aujourd'hui un enfant qui aime ce métier, mais ses parents refusent qu'il l'exerce. Certains chefs de famille disent également qu'ils ne laisseront pas leurs enfants pratiquer la coiffure, sous prétexte que le milieu des salons de coiffure est un lieu de prostitution, entre autres accusations. Pourtant, la prostitution existe partout et dans tous les quartiers. Sinon, c'est un métier très rentable, car moi-même, je ne dépends de personne aujourd'hui. »

Pour rassurer les parents et les encourager à mieux accompagner les enfants inscrits dans les salons de coiffure, M’Barou recommande un suivi régulier et rigoureux.

« Ce que je conseille aux parents, c'est de prendre le numéro du responsable du salon où ils confient leur enfant, et de l'appeler régulièrement pour s'assurer que l'enfant y passe bien sa journée. Même s'ils ne le font pas tout le temps, ils doivent le suivre de près. Cela peut être un moyen d'amener l'enfant à prendre son travail au sérieux.

En effet, certaines filles quittent leur famille sous prétexte qu'elles se rendent au salon, mais elles n'y vont pas. À l'heure de la fermeture, vous les voyez rentrer chez elles en faisant croire qu'elles reviennent du salon, alors qu'elles n'y ont pas mis les pieds. C'est pourquoi tout le monde ne travaille pas de la même manière. Même parmi ceux qui vont à l'école, tous n'étudient pas de la même façon. C'est quand on se donne à fond dans son travail qu'on en tire profit. »

M’Barou exerce la coiffure depuis de nombreuses années, même si elle ne se souvient plus de la date exacte à laquelle elle a commencé. Elle regrette surtout que ses parents ne l’aient pas soutenue dès le départ.

« C'est mon ancien métier. Je ne me rappelle plus quand je l'ai commencé. Si mes parents avaient accepté tôt que je fasse ce métier de la coiffure, je serais plus en avance aujourd'hui et je n'aurais aucune critique à essuyer. Car ils disaient que ce n'était pas un vrai métier. Mais là où nous en sommes aujourd'hui, j'ai pu commencer à travailler pour mon propre compte et à gagner de l'argent. Ma propre famille a fini par reconnaître que je fais un travail noble. »

L’apprentissage pour échapper à l’oisiveté

Une apprentie rencontrée dans le même salon estime également que la coiffure lui permet de rester occupée, de se former et de s’éloigner des commérages. Elle affirme avoir choisi elle-même ce métier, avec le soutien de son mari.

« Cela fait un an que je travaille ici. Personne ne m'a forcée à venir, c'est un choix personnel. J'en tire un grand profit. Même si je n'ai pas encore commencé à gagner beaucoup d'argent pour moi-même, au moins je ne passe pas mon temps à raconter chez les gens. Dès le lever du jour, après m'être lavée, je me rends à mon lieu de travail et je me concentre sur mes tâches. C'est cela le premier avantage. C'est mieux que d'aller s'asseoir chez les gens pour mentir. Être à son poste de travail est une bonne chose, car d'une manière ou d'une autre, on finit par en tirer profit. J'ai commencé ce métier après mon mariage, et cela n'a pas posé de problème avec mon mari. Il m'a simplement demandé ce que j'aimais, et j'ai répondu que j'aimais la coiffure. Tout ce qu'il a ajouté, c'est que l'utilisation des mèches artificielles était interdite par la religion, mais il m'encourage énormément. Même les jours où je n'ai pas le courage de venir, il m'insiste pour que j'y aille. »

Un appel aux jeunes filles sans activité

Venue se faire coiffer dans le salon, Hawa Kaba a adressé un message d’encouragement aux jeunes filles qui n’étudient pas et qui restent sans activité professionnelle.

« Ce que je dis aux autres jeunes filles qui restent assises à se croiser les bras et qui refusent de travailler : vous n'étudiez pas, vous ne faites rien, et vous restez dépendantes. Si vous n'avez rien à faire, venez dans un salon pour apprendre un métier. Même si ce n'est pas la coiffure, faites ce que vous pouvez. Ce que vous sèmerez aujourd'hui, vous le récolterez demain. Car la femme est un fardeau, et il est préférable qu'elle puisse porter son propre fardeau avant que l'homme ne vienne l'aider. Les gens ne devraient pas sous-estimer le métier de la coiffure, ce n'est pas ce qu'ils croient. »

L’importance de choisir un salon de confiance

De son côté, Fatoumata Sangaré, mère de famille, affirme ne pas partager les critiques formulées contre la coiffure. Elle insiste toutefois sur la nécessité de confier les enfants à des personnes sérieuses et dignes de confiance.

« J'aime bien le métier de la coiffure, c'est vrai. Mais l'enfant que j'ai n'a pas encore l'âge de commencer à l'apprendre. Sinon, si je trouve quelqu'un de confiance, je la lui confierai. Car je ne vois pas les choses de la même manière que ceux qui critiquent ce métier. Je l'apprécie beaucoup. Dès que mon enfant sera en âge de le faire, je l'y inscrirai. »

Des réserves liées à l’éducation et à la religion

Pour sa part, Kitagbè Condé préfère que les jeunes filles poursuivent leurs études ou s’orientent vers d’autres activités professionnelles. Elle estime que certaines familles choisissent la coiffure principalement en raison du manque d’opportunités d’emploi dans le pays.

« J'aime le métier de la coiffure, mais je ne l'apprécie pas totalement. C'est seulement parce qu'il n'y a pas d'autres opportunités d'emploi dans le pays que de nombreuses mères de famille y envoient leurs enfants. S'il y avait du travail dans le pays, on pourrait orienter les jeunes filles vers d'autres secteurs. Les métiers pour femmes sont nombreux, comme la couture et bien d'autres. Même les études sont une option : si une jeune fille comprend l'importance de l'école, l'avantage est plus grand que de l'envoyer dans un salon de coiffure. Si elle réussit à l'école et décroche un emploi, elle pourra assurer son avenir et prendre soin de ses parents. »

Elle dit également rejeter certaines formes de coiffure moderne, notamment l’utilisation de mèches artificielles, qu’elle considère comme contraire aux prescriptions religieuses.

« Je préfère l'école des filles à leur envoi dans les salons de coiffure, car ce n'est pas une pratique aisée. La raison en est qu'on ajoute des cheveux artificiels (des mèches) aux cheveux naturels. Or, les érudits religieux affirment que tout ajout de faux cheveux est interdit (Haram). Celle qui pratique ce travail est maudite, et celle sur la tête de qui on le fait est également maudite. C'est principalement cela qui me dégoûte dans ce métier », a-t-elle déclaré.

À Kankan, la coiffure reste ainsi au centre d’opinions opposées. Pour les unes, elle constitue une véritable source de revenus, d’autonomie et de formation professionnelle. Pour les autres, certaines pratiques qui y sont associées soulèvent des préoccupations éducatives, morales ou religieuses. Malgré ces divergences, les témoignages recueillis montrent que ce métier permet à de nombreuses femmes de travailler, de subvenir à leurs besoins et de réduire leur dépendance financière.