Les tensions entre Kalafilila et Bolosso se sont aggravées après le retour d’habitants de Bolosso réfugiés en Côte d’Ivoire. Kalafilila et Bolosso sont deux villages de la sous-préfecture de Boula, située à environ 108 kilomètres de la ville de Kankan, dans la préfecture de Kankan. « Nous sommes des ressortissants de Kalafilila résidant à Kankan. En juillet dernier, l’un de nos fils a été assassiné par des résidents du village de Bolosso », déclarent les représentants de Kalafilila. Le parquet affirme, lui, que des jeunes ont attaqué des postes avancés (PA) et emporté trois armes.

Le conflit trouve son origine dans un différend foncier ayant conduit à l’assassinat de Mamadi Kourouma, professeur de lycée originaire de Kalafilila. Après ce meurtre, plusieurs habitants de Bolosso, soupçonnés par les proches de la victime, ont quitté leur village pour se réfugier en Côte d’Ivoire. « Les hommes de Bolosso ont quitté Bolosso pour se rendre en Côte d’Ivoire, histoire de calmer la situation », explique le substitut du procureur, Mamadou Saliou Bah.

Le substitut du procureur près le Tribunal de première instance de Kankan, Mamadou Saliou Bah, confirme leur départ. « Les hommes de Bolosso ont quitté Bolosso pour se rendre en Côte d’Ivoire, histoire de calmer la situation et de voir comment le calme va revenir sur la localité », explique-t-il.

Après plusieurs mois d’exil, ils ont regagné leur village avec l’accompagnement des autorités. « Naturellement, ils sont Guinéens, donc ils ont le droit de vivre et de rester chez eux », rappelle le magistrat.

Kalafilila conteste ce retour, estimant qu’aucune concertation n’a été organisée alors que l’affaire n’est pas jugée. « Il vous a donné l’autorisation de revenir alors que rien n’a encore été jugé ? », disent les ressortissants avoir demandé.

Selon le parquet, plusieurs jeunes se seraient mobilisés. « Plusieurs jeunes de Kalafilila se sont levés avec des armes, des armes blanches et des armes à feu, pour se diriger vers Bolosso afin d’en découdre avec ces personnes et les obliger à retourner en Côte d’Ivoire », affirme Mamadou Saliou Bah.

Les forces de sécurité ont alors été déployées. Mais les ressortissants dénoncent de graves violences. « Les militaires ont mené des actions d’une extrême violence, ils ont arrêté l’épouse du président de notre district et détruit ses biens », soutiennent-ils. Ils ajoutent que « les militaires ont brûlé 70 cases, sans compter les maisons en tôle qui ont été gravement endommagées ».

« Une femme âgée a rendu l’âme après avoir subi des gaz lacrymogènes lancés par les troupes du préfet », affirment-ils. Ils évoquent aussi un jeune blessé à la main, qui aurait perdu deux doigts.

Le parquet dit ne disposer d’aucune information officielle confirmant ces faits. « En ce qui concerne le cas de mort, pour l’instant, je vais me réserver à dire que c’est faux », répond le substitut. « Les forces de sécurité qui sont sur les lieux nous ont clairement dit qu’il n’y a pas de mort d’homme », ajoute-t-il. Aucun incendie volontaire n’a été signalé officiellement.

Les deux parties reconnaissent néanmoins l’attaque d’un poste avancé (PA) pour libérer des personnes interpellées. « Les jeunes de chez nous se sont révoltés contre les militaires et ont forcé les portes du PA pour libérer leurs camarades qui y étaient détenus », admettent les ressortissants.

Trois armes ont été emportées. « Nous avons immédiatement tenu une réunion et ces trois armes ont été sécurisées chez le président de la jeunesse », affirment-ils. Le parquet cherche à identifier ceux qui les ont prises et remises aux autorités. « Il est question de l’interroger pour nous dire clairement les armes étaient dans les mains de qui et qui les lui a remises », précise Mamadou Saliou Bah.

Une personne accusée d’avoir utilisé une tronçonneuse pour abattre des arbres et bloquer les renforts a été interpellée. « Ils ont pris des tronçonneuses en coupant des gros arbres pour barrer carrément la route », affirme le magistrat.

Les ressortissants demandent l’arrêt des opérations militaires. « Permettez à cette population innocente de pouvoir enfin reprendre ses activités agricoles pour survivre », lancent-ils. Le parquet assure que l’enquête se poursuit sur l’attaque des PA, la disparition des armes et les violences signalées.