À la suite de la destitution de leur ancien président à Kankan, les chasseurs traditionnels guinéens font face à une crise interne marquée par des divisions et des soupçons d’ingérence. Une situation qui fragilise l’unité de cette confrérie influente dans la sécurité locale.
La confrérie des chasseurs traditionnels de Guinée, appelés « donzos », traverse une zone de turbulence. À l’origine, une décision prise à Kankan par les représentants des 33 préfectures, qui ont acté le remplacement de l’ancien bureau dirigé par Kouloufan Demba Camara, après plus d’une décennie à la tête de l’organisation.
Selon Simbo Mamadi Kourouma, membre du bureau national de la défense de l’Union des chasseurs, cette décision s’inscrit dans une volonté de renouvellement et de respect des règles internes. Il affirme que Moussa Koulibaly a été choisi comme nouveau président avec l’appui des délégués venus de tout le pays. « Notre objectif est d’unir les donzos […] nous sommes tous derrière lui », a-t-il confié.
La rupture remonte à la réunion du 26 mars à Kankan. D’après ses explications, les représentants avaient sollicité un compte-rendu de gestion de l’ancien bureau. Une demande restée sans réponse satisfaisante, provoquant une perte de confiance. « Les représentants ont unanimement demandé le départ de son bureau », a-t-il indiqué, précisant que la décision s’est faite en présence du président sortant.
Mais la situation s’est envenimée après le retour de ce dernier à Conakry, où il conteste désormais sa destitution. Simbo Mamadi Kourouma évoque un soutien supposé de certaines autorités administratives, notamment au sein du ministère de l’Administration du territoire et de la Décentralisation. Des affirmations qui, à ce stade, n’ont pas été confirmées officiellement.
Dans ce contexte, il dénonce des tentatives d’ingérence dans les affaires internes de la confrérie. « Ce sont les donzos qui élisent leur président, pas les ministres, ni un directeur », insiste-t-il, appelant les responsables politiques à s’abstenir de toute intervention.
Au cœur de la crise, plusieurs éléments sont mis en avant : un déficit de redevabilité après 12 ans de gestion, le non-respect des principes traditionnels du « manden-mori » — un système de règles ancestrales régissant la confrérie — et la question de la légitimité du nouveau bureau issu des 33 préfectures.
Des accusations plus graves émergent également, visant certains cadres administratifs soupçonnés de partialité ou de conflits d’intérêts. Là encore, aucune confirmation officielle n’est venue étayer ces allégations.
Malgré ces tensions, les donzos rappellent leur rôle dans la sécurisation des communautés, notamment en appui aux forces de défense et de sécurité dans la lutte contre le banditisme.
Pour tenter de désamorcer la crise, plusieurs démarches ont été engagées : un procès-verbal établi sous la supervision d’un huissier pour valider les décisions prises à Kankan, une saisine du Premier ministre pour solliciter un arbitrage, ainsi qu’un appel au président, le général Mamadi Doumbouya.
Sur le terrain, l’inquiétude reste palpable. Entre attachement aux traditions et rivalités internes, la confrérie des donzos se retrouve à un tournant, contrainte de préserver son unité tout en affirmant son autonomie face aux pressions extérieures.


Aucun commentaire pour le moment.