Situé dans la sous-préfecture de Boula, préfecture de Kankan, à près de 230 kilomètres de la ville de Kankan, Kalafilila porte encore les traces des tensions ayant opposé des habitants aux forces de défense et de sécurité.
Quelques jours avant notre déplacement, le préfet de Kankan, le colonel Mohamed Niang, avait pourtant déclaré : « Aucun bâtiment n’a été touché, aucune personne n’a été touchée. » Le gouverneur, le colonel Aly Badara Camara, avait également assuré que « tout va très très bien ».

Mais lundi 20 juillet 2026, notre reporter a constaté sur place plus d’une trentaine de cases incendiées, avec des lits, vêtements, réserves alimentaires et autres biens réduits en cendres. Des motos brûlées ainsi que plusieurs portes de maisons et boutiques défoncées ou endommagées étaient également visibles.
Un village presque vidé de ses hommes
Lors de notre passage, Kalafilila était presque vide d’hommes. Selon les
habitants, beaucoup se sont réfugiés dans la brousse par peur des militaires
présents dans la zone.
« Quand ils nous ont vus, ils nous ont lancé du gaz et ont brûlé plus de 31 cases avec tout leur contenu pendant la nuit », affirme Amara Keïta, porte-parole de la jeunesse.
Il affirme que 28 personnes ont été interpellées, dont le deuxième imam, des femmes et des enfants. « Ils ont libéré 9 personnes samedi dernier, mais les autres sont toujours en prison. Parmi elles se trouvent des femmes allaitantes dont les enfants sont ici avec nous », affirme-t-il.
Le donsoba, chef des chasseurs, était absent lorsque les agents se sont
rendus à son domicile. Selon les témoignages recueillis, son fils a été
interpellé.
« L’enfant de l’une d’elles est ici avec nous ; nous le nourrissons actuellement avec du lait et il ne fait que pleurer », affirme Kalilou Konaté, qui dit que ses deux épouses sont détenues.
Des millions de francs déclarés perdus
Dans plusieurs concessions visitées, Silabosoona Média a constaté des portes endommagées et d’importantes destructions. Des habitants dénoncent également des vols.
« J’ai perdu 8 millions de FG et 100 000 FCFA. Les militaires ont tout brûlé
», affirme Sékou Sidibé.
Kémo Keïta, cultivateur, dit avoir appris les faits alors qu’il se rendait au chevet de son père malade à Kankan : « On m’a appelé pour m’informer que les militaires étaient venus brûler les maisons et leur contenu, ainsi que 2 motos et une somme de près de 9 millions de francs guinéens, et qu'ils avaient arrêté notre petit frère de 7 ans », affirme-t-il.
« Actuellement, nous dormons dans la brousse sous la pluie ; c’est à cause
de la presse que je suis ici aujourd’hui, car quand les militaires nous voient,
ils nous frappent », ajoute-t-il.
Même constat chez Kalou Traoré, qui affirme avoir perdu une importante somme
d’argent lors des événements. « Mon magasin a été vandalisé, 5 millions de
francs guinéens et 11 sacs de sucre ont été emportés. Pourtant, les sacs de
savon qui étaient stockés sur place n’ont pas été touchés », déplore-t-il.
Alamako Keïta, épouse du donsoba, affirme avoir perdu 36 millions de francs guinéens, provenant notamment de leur activité dans l’anacarde, une importante source de revenus dans cette localité agricole.
« C’est de cet endroit que j’ai vu qu’ils avaient brûlé notre maison »,
raconte-t-elle. « Nous n’avons plus rien à manger : ils ont brûlé toute ma
nourriture et le contenu de ma maison, ainsi qu’une somme de 36 millions de
francs guinéens. Tout a brûlé », affirme-t-elle.
Une autre femme rencontrée à son domicile, souffrante, affirme avoir perdu 5 500 000 GNF et quatre cartons d’herbicides.
Ces montants déclarés n’ont pas pu être vérifiés indépendamment.
Le poste de santé touché, une femme décédée
« Ils sont entrés avec la voiture dans la cour, ont lancé du gaz et ont mis
le feu, même à l’intérieur du poste de santé », affirme Bandjou Camara, chef du
poste de santé.
Il dit avoir reçu neuf patients présentant notamment des vomissements et des difficultés respiratoires. Silabosoona Média a rencontré une vieille femme encore souffrante au poste de santé et une autre à son domicile.
Amara Kaba affirme, lui, avoir perdu sa mère, âgée d’environ 70 à 80 ans : «
Ma mère […] n’était pas malade et ne souffrait d’aucun mal. Le mardi, nous
étions encore ensemble au champ pour travailler », affirme-t-il.
Selon son premier fils, la vieille dame est décédée dans la brousse pendant
la fuite provoquée par les tirs et les gaz. Le chef du poste de santé a
expliqué hors micro que le corps n’avait pas été conduit à la structure pour
constater médicalement le décès, en raison de la forte tension qui régnait
alors dans le village. Aucun rapport médico-légal consulté par notre rédaction
ne permet donc d’établir officiellement la cause du décès.
Des versions qui se contredisent
Le préfet avait accusé des jeunes de Kalafilila d’avoir attaqué les postes avancés : « C’est eux qui sont venus s’attaquer aux édifices de PA, gâter, emporter certaines armes », avait-il déclaré.
Les habitants affirment, eux, ne pas s’opposer au retour des populations de Bolosso. Amara Keïta met également en cause la gestion de la situation par l’autorité préfectorale. Faisant référence au préfet de Kankan, le colonel Mohamed Niang, il affirme : « Le retour des habitants Bolosso ne nous fait pas mal, mais nous voulons juste que justice soit faite. C'est dans ce cadre que nous avions alerté le préfet, qui a finalement envoyé des pickups contre nous. Les autorités doivent prendre des mesures en rendant la justice pour qu'il y ait un climat de paix, au lieu de prendre parti », soutient-il.
À Kalafilila, Silabosoona Média a tenté de recueillir la version des responsables du PA et de prendre des images dans leur camp. Ils ont expliqué ne pas pouvoir l’autoriser sans instruction de leur hiérarchie. À notre retour à Kankan, nous avons également tenté de rencontrer le préfet afin de lui soumettre nos constats, mais il n’a pas pu nous accorder d’entretien.
Les dégâts matériels constatés à Kalafilila sont, eux, visibles. Une enquête indépendante reste nécessaire pour établir les responsabilités dans les incendies, les vandalismes, les vols présumés, les blessures et le décès signalé.


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