À Kankan, la crise du carburant s’enlise et plonge des centaines d’usagers dans une attente interminable, sous un soleil écrasant, sans garantie d’être servis. Devant plusieurs stations de la ville, les files s’étirent dès l’aube, parfois jusqu’au lendemain, dans une atmosphère tendue où frustration et indignation gagnent du terrain.

« Je suis arrivé depuis 8h du matin, mais à midi, je n’ai toujours pas eu une seule goutte d’essence », témoigne Toumani Simakan, épuisé par des heures d’attente. Autour de lui, les voix s’élèvent, les nerfs lâchent. « Pour être servi rapidement, il faut connaître un pompiste. Sinon, vous pouvez attendre toute la journée pour rien », dénonce-t-il, évoquant des pratiques jugées discriminatoires.

Face à la rareté du produit, des mesures informelles s’imposent. Moussa Keita explique qu’une limite de quelques litres par usager est désormais appliquée dans certaines stations, notamment pour les motos-taxis. « On nous sert à peine 5 litres. Et pour faire le plein, il faut négocier, parfois même payer plus cher », affirme-t-il. Selon lui, certains bénéficiaires revendent ensuite le carburant au marché noir à des prix multipliés, aggravant la spéculation.

Dans les rues de Kankan, ce circuit parallèle devient souvent la seule alternative. Le litre d’essence, introuvable à la pompe, s’achète à des tarifs pouvant atteindre 20 000, 25 000, voire 50 000 francs guinéens selon les témoignages. Une flambée qui pèse lourdement sur le quotidien des habitants.

Les conséquences se font déjà sentir dans tous les secteurs. Étudiants, travailleurs, conducteurs de motos-taxis : tous sont affectés. « Je devrais être à l’université en ce moment, mais je suis bloqué ici. Sans carburant, impossible de se déplacer », regrette Laye Kourouma.

Au-delà des difficultés individuelles, la crise révèle un dysfonctionnement plus profond dans la distribution du carburant. Entre soupçons de favoritisme, pénuries prolongées et explosion du marché noir, la confiance des usagers s’effrite.

Alors que la situation dure depuis plusieurs semaines, les appels à une intervention urgente des autorités se multiplient. Sur le terrain, une même attente domine : voir la crise enfin prendre fin. En attendant, à Kankan, chaque litre d’essence est devenu un combat quotidien.