Le Tribunal de première instance de Kankan a rendu sa
décision dans l’affaire opposant plusieurs ressortissants de Baranama
et Sanana, poursuivis pour des faits de meurtre,
complicité de meurtre et coups et blessures
volontaires. Des peines allant jusqu’à 30 ans de réclusion
criminelle ont été prononcées, ainsi qu’une condamnation solidaire au
paiement de 4 milliards de francs guinéens à titre de dommages
et intérêts.
La décision a été prononcée par le président du tribunal, Mamadou
Saliou Diakité. Dans son délibéré, le tribunal a notamment déclaré
certains accusés non coupables pour des faits non établis à
leur égard, tout en requalifiant les faits reprochés à Farankouman
Condé de meurtre en tentative de meurtre.
Dans le même dossier, Nansouba Mamadi Condé alias “Le Maire”, accusé en fuite, a été reconnu coupable de meurtre
et condamné à 30 ans de réclusion criminelle, avec une amende
de 2 millions de francs guinéens. Le tribunal a également
maintenu le mandat d’arrêt décerné contre lui. Il lui est reproché d'avoir, selon l'acte d'accusation, « défoncé
la porte pour mettre les compagnons d'infortune de ce jour, les livrer à la
vendée populaire », entraînant la mort de Mamoudou Condé et Laye
Diabaté.
D’autres accusés, dont Namory Condé alias “Kobori”, Farankouman
Condé, ont été condamnés
à 15 ans de réclusion criminelle. Plusieurs autres prévenus, notamment Mamby
Condé, Böh Sinè Condé, Daouda Camara,
Louceni Kourouma, Nantenin Moussa Condé, Bamba
Sékou Condé et Hawa Mamadi Condé, ont écopé de 10
ans de réclusion criminelle pour des faits de complicité de
meurtre et de coups et blessures volontaires.
Le tribunal a aussi prononcé une période de sûreté de 5 ans
contre l’ensemble des condamnés. Sur l’action civile, il a reconnu la
responsabilité des condamnés dans les préjudices causés et les a condamnés
solidairement au paiement de 4 milliards de francs guinéens
aux parties civiles.
Un seul des dix détenus, Moïba Condé, a été renvoyé des fins de la
poursuite, « le crime n'étant pas établi à son égard », selon les termes
du jugement. Sa remise en liberté immédiate a été ordonnée. Deux accusés en fuite : Siaka Condé et Mamoudou Condé ont également bénéficié d'un non-lieu, le
tribunal estimant « qu'il n'y avait aucune charge contre eux ».
À la sortie de l’audience, le procureur de la République près le TPI de
Kankan, Fodé Bintou Keïta, s’est dit satisfait de la décision
rendue. Selon lui, cette décision confirme que les poursuites engagées par le
ministère public n’étaient pas infondées.
« Nous sortons de cette salle d’audience avec beaucoup de
satisfaction, parce que nous ne crions pas vengeance. En tant que ministère
public, nous ne réclamons que l’application de la loi », a déclaré Fodé
Bintou Keïta.
Le procureur a rappelé que le ministère public avait requis 30 ans
de réclusion criminelle contre l’ensemble des accusés renvoyés devant
le tribunal. Il estime que la décision rendue reste importante, car elle
reconnaît la responsabilité de plusieurs accusés dans des faits graves.
« Les gens ont été tués, cela a été établi de manière formelle.
D’autres ont été amputés. Nous avions estimé que cela ne devait pas se répéter
dans le ressort de Kankan. Le tribunal a rendu des décisions exemplaires »,
a-t-il ajouté.
Du côté des parties civiles, Maître Ibrahima Kalil Kanté,
doyen des avocats de la Cour d’appel de Kankan, a salué une décision qui reconnaît
l’existence des coupables, tout en exprimant des réserves. Pour lui, aucune
décision ne peut véritablement réparer la perte en vies humaines et les
blessures subies.
« Il y a eu mort d’homme, il y a eu amputation d’homme. La décision
vient tenter de réparer, mais ce n’est pas réparable. C’est pourquoi je dis
qu’il n’y a pas de bonne décision », a-t-il déclaré.
L’avocat des parties civiles a également regretté le rejet de la demande
visant à faire condamner l’État guinéen à prendre en charge la victime Mamadi
Condé, amputée à la suite des violences. Il n’exclut pas de relever
appel sur ce point.
Du côté de la défense, le ton est tout autre. Maître Mohammed 2 Kourouma,
avocat au barreau de Guinée, a annoncé sans détour : « Dès aujourd'hui,
nous allons faire appel contre cette décision rendue en violation frontale de
la loi. Nous ne sommes pas du tout satisfaits de cette décision. » Il
a rappelé que le jugement du tribunal de première instance n'est pas définitif
: « Ce n'est pas la décision finale. C'est un jugement que nous comptons
relever à peine. »
Présent au nom des ressortissants de Sanana, Moussa
You Condé a, de son côté, salué la tenue du procès et appelé les
communautés au calme et à l’union. Selon lui, malgré la douleur, la justice a
pu se prononcer.
« Dans un jugement, il y aura toujours des décisions qui ne plaisent
pas à tout le monde. Mais la manière dont ce procès a été rendu est exemplaire.
J’en suis satisfait et fier », a-t-il indiqué.
Il a enfin lancé un appel à la paix entre les habitants de la zone de Gbèrèdou.
« La guerre n’arrange rien. Nos grands-pères ont vécu ici dans la
concorde, nos pères aussi ; pourquoi pas nous ? Donnons-nous la main, marchons
ensemble et soyons unis », a conclu Moussa You Condé.
Les parties disposent désormais d’un délai de 15 jours pour
interjeter appel, conformément aux dispositions du Code de procédure
pénale.


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