Une vive tension a marqué les marchés de Kankan ce mardi matin. Des vendeuses de poissons et de poulets importés, appuyées par d’autres commerçants, ont investi les rues pour dénoncer la hausse qu’elles jugent excessive et incontrôlée des prix des produits halieutiques. À l’approche du mois de Ramadan, la situation devient de plus en plus explosive.

Au centre des revendications figurent les frigorifiques, accusés de revoir les prix à la hausse presque quotidiennement, sans justification ni concertation. Selon les manifestantes, ces pratiques étouffent les petits revendeurs et les plongent dans un endettement chronique.

« Ce matin encore, les prix ont augmenté. C’est devenu une habitude. Nous ne faisons plus de bénéfices. Nous sommes sorties pour demander une baisse afin de pouvoir nourrir nos enfants. Tant que les prix ne baisseront pas, nous n’ouvrirons pas nos étals. Nous sommes toutes endettées », témoigne Saran Sidibé, visiblement épuisée.

Dans les marchés, la détresse est partagée. De nombreuses vendeuses disent être étranglées par les dettes, sans aucune perspective d’amélioration.

« Nous sommes toutes endettées. Ils doivent avoir pitié des femmes, pour l’amour de Dieu. La souffrance est énorme », insiste-t-elle.

La hausse des prix est qualifiée de brutale. Fatoumata Sidibé dénonce des augmentations difficilement compréhensibles :

« Le carton de poisson que nous achetions à 300 000 francs se vend aujourd’hui à 460 000 francs. Nous sommes à bout. Les frigorifiques font ce qu’ils veulent », déplore-t-elle.

Les hommes du secteur confirment également le malaise. Oumar Touré, vendeur de poissons et de poulets, évoque une spirale inflationniste qui affecte aussi bien les commerçants que les consommateurs.

« Nous avons manifesté parce que les prix du poisson et du poulet ne cessent d’augmenter. Un carton de poisson vendu autrefois à 220 000 francs coûte désormais entre 300 000 et 400 000 francs. Le carton de poulet, qui valait 210 000 francs, se vend aujourd’hui entre 250 000 et 360 000 francs. À l’approche du Ramadan, la population peine à se nourrir et nous ne réalisons plus aucun bénéfice », explique-t-il.

La mobilisation a ensuite pris une tournure plus radicale. À l’issue de la manifestation, plusieurs entrepôts et chambres froides ont été cadenassés, perturbant l’approvisionnement en poissons et en poulets importés dans certains marchés de la ville. Les protestataires préviennent que le mouvement pourrait se prolonger.

« Nous cadenassons les frigos jusqu’à ce qu’un consensus soit trouvé. Notre seul objectif est la baisse des prix pour permettre à la population de bien se nourrir », martèle Oumar Touré.

Du côté des autorités, aucune réaction pour l’instant. Contactée, l’Inspection régionale de la pêche et de l’économie maritime affirme ne pas avoir encore été officiellement saisie du dossier.

Cette mobilisation met en évidence une réalité sociale de plus en plus préoccupante : cherté de la vie, marges quasi inexistantes et petits commerçants étranglés.