Le parquet du tribunal de première instance de
Kankan a ouvert une enquête judiciaire après la mort de Karifa Condé, 22 ans, chauffeur d'engins,
survenu vendredi 22 mai à la suite d'une opération de poursuite impliquant des
agents de police. Le drame a provoqué de vives tensions dans la ville, avec des
barricades et des incendies de pneus au premier pont de Bordo. Le procureur de
la République Fodé Bintou Keïta a annoncé samedi que les premiers suspects
étaient déjà placés en garde à vue, avant d'obtenir la libération des neuf
manifestants arrêtés, restaurant le calme dans la ville.
C'est en
fin de journée du vendredi 22 mai que le drame se produit dans la ville de
Kankan. Karifa Condé, 22 ans, chauffeur d'engins professionnel et célibataire,
connu de son entourage sous le surnom de « Rasta », est pris en chasse
par des policiers. Son frère, Adama Bérété, décrit la scène : « Mon
frère était avec son ami. Lorsqu'il a voulu s'enfuir, les policiers l'ont
frappé et ont roulé avec leur voiture sur son côté, ce qui a causé sa mort. »
Dès le
vendredi soir, le procureur de la République du tribunal de première instance
de Kankan, Fodé Bintou Keïta, se rend au domicile de la famille mortuaire pour
recueillir les premières informations et présenter ses condoléances.
De 10h à
13h, la colère populaire se cristallise au premier pont de Bordo, sur la route
de Kissidougou. Des dizaines de jeunes, meurtris par les circonstances de la
mort de Karifa Condé, érigent des barricades et incendient des pneus pour
couper la circulation.
La
gendarmerie mobile est déployée pour rétablir l'ordre et libérer la voie
publique. Neuf jeunes manifestants sont arrêtés au cours de cette opération de
maintien de l'ordre. Le père du défunt, lui-même présent sur place avec
d'autres membres de la famille, tente de contenir la foule. « Nous
ne souhaitons que du bonheur dans cette ville, surtout à l'approche de la
fête », confie-t-il.
Le corps de
Karifa Condé est restitué à la famille dans la matinée du samedi, après que le
procureur Keïta s'est rendu à la morgue pour en faire la demande auprès des
autorités médicales. L'inhumation a lieu dans la matinée. Malgré l'ampleur du
deuil, la famille choisit de ne pas alimenter la tension.
Solo Fiman,
oncle du défunt, prend la parole au nom de la famille : « nous nous
en remettons au procureur ainsi qu'à Dieu. Nous demandons à la population de
Kankan de faire preuve de patience et de respecter la loi, car la loi est
au-dessus de tout le monde. Il ne faut pas chercher à se rendre justice
soi-même, sinon on finit par commettre des erreurs. »
Le père du
jeune homme, visiblement accablé, n'hésite pas pour autant à exprimer son
sentiment : « Depuis ma venue sur Terre, je n'avais jamais vu ni
entendu dire que quelqu'un ait poursuivi une personne en voiture pour la tuer.
» Il reconnaît néanmoins avoir lui-même contribué à calmer la
foule, estimant que la présence des autorités et du procureur appelait à la retenue.
Dans
l'après-midi, le procureur Fodé Bintou Keïta s'exprime dans la famille mortuaire. Il
annonce que l'enquête judiciaire est déjà ouverte et que les premiers suspects
ont été arrêtés : « Les premières personnes contre lesquelles pèsent
des soupçons sont déjà arrêtées à la brigade de recherche et la procédure
judiciaire a commencé. »
Il révèle
également que la plus haute autorité policière du pays, le Général Djénéba
Sory, l'a contacté personnellement pour « présenter les condoléances
à la famille entièrement éplorée » et donner « des
instructions fermes au directeur général de la police pour faire interpeller
toutes les personnes contre lesquelles pesaient des soupçons pour des faits
présumés de meurtre ayant conduit à la mort de la personne ».
Le magistrat insiste sur le rôle de l'État face à la bavure : «
Quand il y a une commission d'une infraction comme à la matière en l'espèce, la
première victime d'abord c'est la République. C'est le pays d'abord qui a perdu
un citoyen, un cadre de demain, une personne qui était dans l'exercice honnête
de ses fonctions, qui avait un métier et qui travaillait pour sa famille, qui
n'était pas un bandit non plus. »
Conformément
à la promesse faite dans la famille, le procureur se rend ensuite directement à
l'escadron de gendarmerie mobile d'intervention. Les neuf jeunes manifestants
arrêtés dans la matinée sont libérés. Le calme revient progressivement sur la
ville de Kankan.
Malgré leur
douleur, les proches de Karifa Condé ont multiplié les appels à la retenue tout
au long de la journée. « Ce sont les autorités qui incarnent notre pouvoir et notre
force. Nous restons alignés derrière elles et nous demandons à la population de
faire de même. » Solo Fiman, oncle du défunt.
Le
procureur Keïta a conclu en lançant un appel solennel à la population
kankanaise : « La crise de confiance est une cause universelle de
rupture de tous les contrats et de toutes les relations. Je peux rassurer de
manière formelle que nous ferons notre travail conformément à la loi. » Il
a réaffirmé que la police régionale serait « entièrement à la
disposition de la justice pour que de pareilles bavures ne se répètent plus
jamais » sur l'ensemble du territoire national.
Alors que la justice promet de faire toute la lumière sur
les circonstances de la mort de Karifa Condé, une question demeure : cette
affaire marquera-t-elle un tournant dans la gestion des interventions des
forces de sécurité à Kankan ?


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