Une déclaration du président kényan William Ruto a déclenché une vive controverse en Afrique. Lors d’un échange avec la diaspora kényane en Italie, le 20 avril, il a ironisé sur l’anglais parlé par les Nigérians, affirmant qu’il fallait parfois « un traducteur » pour les comprendre. « Notre éducation est bonne. Notre anglais est bon (…) si vous écoutez un Nigérian parler, vous ne comprenez pas ce qu’il dit », a-t-il lancé.

Ses propos ont rapidement provoqué une avalanche de réactions sur les réseaux sociaux, où de nombreux internautes ont dénoncé des déclarations jugées méprisantes envers le Nigeria.

Plusieurs voix africaines ont critiqué cette sortie. Le journaliste zimbabwéen Hopewell Chin'ono a rappelé que « l’anglais est une langue coloniale, pas une mesure de l’intelligence ». De son côté, l’ancien sénateur nigérian Shehu Sani a évoqué le poids intellectuel et littéraire du Nigeria, citant notamment Wole Soyinka, Chinua Achebe et Chimamanda Ngozi Adichie.

Au-delà de la polémique, cette affaire ravive une rivalité souvent visible entre Kényans et Nigérians, notamment sur les réseaux sociaux, où les échanges musclés autour de l’économie, du sport ou de la culture sont fréquents. Certains observateurs voient aussi une réponse indirecte à une récente déclaration du président nigérian Bola Tinubu, qui avait affirmé que les Nigérians vivaient mieux que les Kényans.

La controverse a également relancé le débat sur la diversité linguistique africaine. Des spécialistes rappellent que l’anglais parlé au Nigeria est influencé par plus de 500 langues locales. Cette richesse a façonné une variante reconnue, l’anglais nigérian, aujourd’hui étudié et valorisé à l’international.

Pendant que des soutiens de William Ruto affirment qu’il s’agissait d’humour mal compris, d’autres estiment que le chef de l’État ferait mieux de se concentrer sur les préoccupations des Kényans, comme le coût de la vie et le chômage.

Cette polémique montre surtout combien les questions d’identité, de langue et de rivalité régionale restent sensibles sur le continent.