Une manifestation inédite du personnel de l’hôpital préfectoral de Kouroussa contre un éventuel retour de leur ancien directeur a ravivé de lourdes accusations de gestion. Mais cette sortie publique est contestée par le Dr Abdoulaye Bachir Condé, médecin à Siguiri, qui reconnaît le malaise tout en dénonçant la méthode et le moment choisis.

L’hôpital préfectoral de Kouroussa est au cœur d’une crise ouverte. Ce lundi, médecins, infirmiers et agents administratifs ont quitté leurs postes pour manifester contre un éventuel retour du Dr Demba Mara, ancien directeur de l’établissement, récemment libéré après une procédure judiciaire. Une mobilisation rare, massive, mais loin de faire l’unanimité au sein du corps médical.

Dès les premières heures de la marche, les slogans ont donné le ton : refus catégorique de revoir l’ancien directeur, accusations de détournement, dénonciation d’un climat de travail jugé humiliant. De la préfecture à la Direction préfectorale de la santé (DPS), en passant par la commune urbaine et l’enceinte de l’hôpital, les manifestants ont voulu alerter l’opinion et les autorités.

Pour le personnel mobilisé, la colère est le fruit d’une longue accumulation. Mme Nantenin Condé, agente à la maternité, décrit un quotidien marqué par la peur et la pression. « Depuis plus de deux ans, nous travaillons dans la souffrance. Certains ont reçu des menaces. On nous faisait comprendre que si nous parlions, il serait réinstallé de force. Nous voulons un environnement apaisé, respectueux », affirme-t-elle.

Dr Béa, chargé de l’hygiène hospitalière, parle d’un climat social profondément détérioré sous la précédente direction. Il reconnaît certaines actions positives, comme la digitalisation des services et la relance des travaux de construction, mais estime que ces efforts ne compensent pas les méthodes reprochées. « Il y avait des injures publiques, des propos déplacés en réunion. Dire à des agents “quand je parle, on ferme la gueule”, devant des pères et mères de famille, c’est inacceptable », soutient-il.

Au-delà du climat humain, les accusations touchent la gestion financière. Le personnel évoque des subventions non clarifiées, des recettes internes sans traçabilité, la disparition de matériels comme des ambulances et des groupes électrogènes, ainsi que des départs forcés ou volontaires d’agents sous pression. Après le départ du Dr Mara, des dettes importantes auraient été découvertes. « La dette connue dépasse aujourd’hui 600 millions de francs guinéens », avance un cadre, appelant à une inspection indépendante.

Mais cette version des faits est partiellement contestée par le Dr Abdoulaye Bachir Condé, dit Dr ABC, médecin-lieutenant du Haut Commandement de la Gendarmerie nationale et médecin d’appui aux urgences médico-chirurgicales à l’hôpital préfectoral de Siguiri. Sollicité par la presse, il reconnaît le droit de manifester, tout en condamnant fermement la forme adoptée. « Manifester est un droit, mais on ne manifeste pas pour manifester. Nous sommes des soignants, liés à l’humanité. La manière de faire n’était pas appropriée », tranche-t-il.

Dr Condé estime que les revendications auraient dû suivre les voies hiérarchiques, en passant par la DPS puis par l’Inspection régionale de la santé. Il admet toutefois qu’un manque de respect d’un directeur envers son personnel, s’il est avéré, constitue une faute grave. « On ne doit insulter personne. Le respect est la base de toute organisation », insiste-t-il, tout en mettant en garde contre ce qu’il considère comme une instrumentalisation des réseaux sociaux pour régler des conflits internes.

Sur le fond des accusations, le médecin de Siguiri appelle à la prudence. Selon lui, les dysfonctionnements sont plus larges et ne concernent pas un seul individu. Il rappelle qu’une décision de justice existe déjà dans ce dossier et que plusieurs responsables auraient été concernés. « Si on inspecte service par service, personne ne sortira totalement indemne. Les problèmes sont systémiques », avertit-il, appelant les autorités sanitaires et judiciaires à une enquête globale.

Il soulève également la question du timing, jugeant la manifestation malvenue à la veille d’échéances électorales sensibles, et appelle les populations locales à s’informer au-delà des slogans. « Il faut évaluer ce qui existait avant, ce qui a été fait après, et surtout penser aux patients », plaide-t-il.

À Kouroussa, la crise révèle une fracture profonde entre un personnel en quête de justice sociale et un discours médical plus institutionnel qui appelle à la retenue. Entre accusations lourdes et mise en garde contre une déstabilisation durable du système de santé, l’hôpital préfectoral reste suspendu à une clarification officielle, attendue aussi bien par les soignants que par les patients.

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