Entre
conflits politiques, absentéisme chronique, démission parentale et manque
criant de personnel enseignant, l’école primaire de Nièmem traverse l’une des
crises les plus graves de son histoire.
Aujourd’hui, le corps enseignant brise le
silence et lance un appel d’urgence aux autorités éducatives, face à une
menace de fermeture qui semble de plus en plus imminente.
Un
directeur seul face à la désertion des classes
L’école primaire de Nièmem ne fonctionne plus
qu’au ralenti. En pleine saison des pluies, les travaux agricoles vident
progressivement les salles de classe. Sur les deux seuls enseignants que compte
l’établissement, l’adjoint a dû s’absenter pour rejoindre les champs.
M. Keita Ousmane, directeur de l’école, porte
désormais l’établissement à bout de bras :
« Pour ne pas abandonner l’école, j’évolue
désormais seul avec le peu d'enfants qui viennent. Je les regroupe tous dans
une unique salle de classe pour continuer à enseigner », affirme-t-il.
Le directeur doit gérer simultanément les
classes de CE2 et de CM2. Sur les trois salles de classe de l’établissement,
une reste définitivement fermée.

Une école
fragilisée par les conflits politiques
Autrefois fréquentée par près de 140 élèves,
l’école a vu ses effectifs chuter à environ une centaine d’inscrits. En cause,
selon les témoignages recueillis : le découpage administratif ayant érigé
Kouroukoro en sous-préfecture, divisant le village de Nièmem en deux factions
politiques rivales, l’une proche de Cissela et l’autre de Kouroukoro.
Cette politisation a eu de lourdes
conséquences sur la scolarité des enfants. Sur 19 candidats prévus pour
l’examen d’entrée en 7e année, les tensions politiques auraient poussé des
parents du groupe dit de “Cissela” à retirer leurs enfants. Refusant que
ceux-ci composent à Kouroukoro, plusieurs familles ont procédé à des retraits
de dernière minute. Finalement, seuls deux candidats ont pu se présenter. Tous
deux ont été admis, grâce au dévouement du directeur.
Dans ce climat tendu, le corps enseignant dit
subir au quotidien une forme de mépris et de marginalisation locale, rendant
l’atmosphère de travail particulièrement pesante.

Démission
parentale et précarité financière
À la crise politique s’ajoute une autre
difficulté majeure : le manque d’implication des parents dans le suivi scolaire
des enfants. Selon les enseignants, l’encadrement à domicile est presque
inexistant, tandis que les réunions de sensibilisation communautaire sont
largement boycottées par les hommes, ne mobilisant que quelques femmes.
Sur le plan financier, la situation est également préoccupante. Pour fonctionner, l’école dépend en partie des cotisations des familles, notamment pour payer un enseignant contractuel communautaire. Mais cette charge financière pousse de nombreux parents, déjà démunis, à retirer définitivement leurs enfants du système scolaire.
Mamady Sidibé, enseignant contractuel
communautaire chargé des classes de 1ère et 2ème année, décrit un quotidien
marqué par le dénuement et la dégradation des infrastructures scolaires. Grâce
au soutien financier personnel du directeur, une seule salle de classe a pu
être dallée. Les autres restent exposées à la poussière.
Les tables-bancs sont insuffisants, certains
ont été détruits, et les portes sont régulièrement vandalisées.
« Sur les trois salles de classe, nous n'avons
même pas de quoi équiper une seule salle complète en bancs. Nous avons dû
diviser en deux les bancs de la première année pour les répartir (...) À cause
de cela, la salle de la première année est complètement fermée », explique M.
Sidibé.
L’arrivée de la saison des pluies aggrave
davantage la situation. De nombreux élèves désertent l’école pour participer
aux travaux champêtres, notamment les semis d’arachide. Selon l’enseignant,
l’établissement vient même de passer deux jours d’affilée sans aucun élève.
Mamady Sidibé affirme ne rester dans cette
école que par loyauté envers son directeur :
« Sans lui, cela ferait longtemps que j'aurais
arrêté d'enseigner ici pour aller voir ailleurs, car la communauté ne s'occupe
pas bien de moi. »

Des
revendications urgentes adressées à l’État
Face à ce risque d’effondrement, le corps
enseignant interpelle directement la Direction Préfectorale de l’Éducation de
Kouroussa ainsi que le ministère de tutelle.
Les enseignants réclament notamment l’affectation
urgente d’enseignants titulaires, afin de rouvrir les classes fermées et
d’alléger la charge pédagogique qui repose aujourd’hui presque exclusivement
sur le directeur.
Ils demandent également l’intégration des
enseignants contractuels communautaires à la Fonction publique, une mesure
qui permettrait, selon eux, de stabiliser le personnel en milieu rural et de
soulager les parents d’élèves du poids des cotisations.


Aucun commentaire pour le moment.