L’ex-président nigérian Muhammadu Buhari est décédé ce Dimanche13 juillet 2025 à l’âge de 82 ans, selon une annonce de son ancien porte-parole. Figure marquante de l’histoire politique du Nigeria, il laisse derrière lui un héritage contrasté, entre autoritarisme militaire et engagement démocratique tardif.
Militaire de carrière, Buhari accède une première fois au pouvoir par un coup d’État en 1983, à seulement 41 ans, renversant le président élu Shehu Shagari. Ce premier passage à la tête de l’État, de 1983 à 1985, restera marqué par une gouvernance répressive, un contrôle social sévère et des atteintes notoires aux libertés publiques. Il imposera alors une discipline de fer dans la fonction publique, allant jusqu’à infliger des humiliations publiques aux retardataires.
Originaire de Daura, dans l’État de Katsina (nord), Muhammadu Buhari est issu d’une famille peule nombreuse. Orphelin de père à quatre ans, il rejoint les rangs militaires peu après l’indépendance, se formant notamment en Grande-Bretagne. Il gravit rapidement les échelons et devient gouverneur de la région Nord-Est, avant d’être nommé ministre du Pétrole sous le régime d’Olusegun Obasanjo.
Renversé en 1985 par Ibrahim Babangida, il passera trois ans en détention surveillée, sans jamais renoncer à la politique. Après plusieurs tentatives infructueuses, il est élu président en 2015, devenant le premier opposant à remporter démocratiquement une présidentielle face à un chef d’État en exercice, en l’occurrence Goodluck Jonathan.
Son double mandat (2015-2023) a été dominé par sa lutte contre Boko Haram et contre la corruption. Malgré des avancées sur le plan sécuritaire dans le nord du pays, il n’a pas su enrayer la montée du banditisme, l’effondrement du naira, ni la pauvreté galopante. La récession de 2016 et la crise du Covid-19 ont profondément affecté son image. Surnommé « Baba-Go-Slow » pour sa lenteur à former un gouvernement, il a également été critiqué pour sa santé déclinante et ses absences prolongées à l’étranger.
Son style autoritaire ne s’est jamais complètement effacé. En 2016, des propos sexistes visant son épouse Aisha Buhari – reléguée à « la cuisine, le salon et la chambre » – ont provoqué un tollé international, notamment en présence de la chancelière allemande Angela Merkel. En 2021, il suspend Twitter dans tout le pays après que la plateforme a supprimé des messages jugés incitatifs à la violence, suscitant l’indignation mondiale. Wole Soyinka, prix Nobel de littérature, avait alors dénoncé une dérive dictatoriale « inconvenante pour un président élu démocratiquement ».
L’héritage de Muhammadu Buhari reste complexe. À la fois artisan d’une alternance politique historique et dernier représentant d’une génération d’officiers militaires convertis à la démocratie, son parcours illustre les tensions structurelles du Nigeria moderne, entre héritage militaire, divisions régionales et aspirations démocratiques.
silabosoona.com


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