La sous-préfecture de Norassoba, dans la préfecture de Siguiri, a abrité une formation consacrée aux techniques naturelles du bogolan. Le mot bogolan, d’origine mandingue, signifie « fait avec la terre ». La session a été animée par Tiranké Nanatriban Kaba, formatrice expérimentée dans la fabrication de motifs et la coloration naturelle des tissus.

Venue de Conakry le 24 juin, elle affirme avoir été particulièrement touchée par l’accueil de la population. « Nous faisons la coloration à travers l’arbre appelé Kèlèkètè, avec la boue, la cendre et d’autres éléments naturels », explique-t-elle.


Longtemps, Tiranké Nanatriban Kaba a formé gratuitement des acteurs du N’ko. Mais l’absence de résultats concrets l’a poussée à changer de méthode. « Tous les acteurs du N’ko que j’ai formés auparavant, je ne prenais pas d’argent, par amour du N’ko. Mais je n’ai vu aucun pratiquant. Cette fois-ci, je leur ai demandé de l’argent », confie-t-elle.

Pour la formatrice, le véritable succès ne se mesure pas à la clôture de la session. « Une formation sans résultat n’est pas une formation du tout. Nous ne pouvons parler de réussite que lorsque nous verrons les fruits après trois mois ou un an », insiste-t-elle.


Les participants disent avoir découvert des richesses naturelles qu’ils côtoyaient sans en connaître l’utilité. « En effet, nous n'avions jamais assisté à une formation de ce genre ; nous l'avons beaucoup aimée et tout le monde l'apprécie. Elle nous a fait découvrir des éléments de notre nature que nous avions chez nous, mais que nous ne connaissions pas », témoigne Sira Dansoko.


Bambaya Balla Camara voit dans ce savoir-faire une possibilité d’emploi. « Ceux qui restent assis en disant qu’il n’y a pas de travail se trompent : il y a bel et bien du travail dans ce pays », affirme-t-il.


Selon Sory Konaté, promoteur du N’ko, toutes les matières utilisées ont été trouvées à Norassoba et dans les villages voisins : « Tous les outils et matières premières que nous utilisons sont 100 % naturels : rien ne provient de Kankan ni d'une autre ville. Tout est issu directement d'ici, à Norassoba, et des villages voisins (écorces d'arbres, boue, feuilles...). Ce sont ces éléments de la nature que nous transformons en pigments colorés. » témoigne Sory Konaté. L’objectif est de produire des vêtements traditionnels accessibles et de permettre au peuple mandingue de renouer avec son identité culturelle.


La formation s’est achevée dans la joie par une conférence de Mamadi Djöndjön Keïta, axée sur le travail, l’autonomie et la nécessité de transmettre ses compétences afin de former d’autres personnes.