À l’approche de la fête de Tabaski, les
ateliers de couture de Kankan tournent à plein régime. Derrière les machines à
coudre qui ne s’arrêtent presque plus, se cache une réalité complexe : entre
pression des clients, retards fréquents et difficultés d’approvisionnement, les
tailleurs tentent de tenir face à une demande devenue massive.

Dans son atelier situé au carrefour Siguiri,
Moussa Cissé, connu sous le nom de « Maître Fasa », ne cache pas les défis
auxquels lui et ses collègues sont confrontés.
« Le problème, c’est que les gens ne viennent pas tôt. Un travail qui doit
prendre deux ou trois mois, ils veulent qu’on le fasse en deux ou trois
semaines », explique-t-il.

Selon lui, cette situation est à l’origine de
nombreuses incompréhensions entre clients et tailleurs. « C’est ainsi qu’on
finit par dire que les tailleurs mentent. Pourtant, au moment de déposer le
tissu, les clients savent que le délai est trop court », ajoute-t-il.
À cette pression s’ajoutent d’autres
contraintes, notamment l’approvisionnement en tissus. Une grande partie des
bazins provient du Mali, mais des perturbations récentes ont ralenti leur
arrivée à Kankan. « Certains n’ont toujours pas reçu leurs habits de fête »,
souligne le maître tailleur, évoquant un manque ressenti sur le marché local,
notamment pour des tenues traditionnelles prisées lors de la Mamaya.

Malgré tout, les clients continuent d’affluer
dans les ateliers. Aïcha Condé, venue faire coudre son pagne, reconnaît les
difficultés du métier, tout en pointant certaines pratiques. « Le travail
s’accumule chez eux, et cela oblige les clients à faire des va-et-vient. Mais
moi, je suis satisfaite du travail de mon couturier », confie-t-elle.

D’autres clients, comme Gnalen Diallo, insistent sur l’importance de la transparence. « Si un tailleur peut faire un travail à temps, qu’il le dise. S’il ne peut pas, qu’il le dise aussi », estime-t-elle, soulignant que le manque de communication est souvent à l’origine des frustrations.
Face à cette pression, les tailleurs
multiplient les efforts, allant parfois jusqu’à travailler toute la nuit. « Par
compassion, on accepte les tissus même quand on sait que le temps est limité.
On promet de faire de notre mieux, mais parfois, on n’y arrive pas », reconnaît
Maître Fasa.

Les difficultés ne s’arrêtent pas là. Le
manque d’électricité complique également le travail, notamment pour les
broderies, très demandées pendant cette période. « Les machines ne fonctionnent
pas sans courant. On est obligé d’utiliser des groupes électrogènes, mais
l’essence est aussi difficile à trouver », explique-t-il.
Malgré ces contraintes, la couture reste un
secteur dynamique à Kankan. Au-delà des critiques, ce métier joue un rôle
essentiel dans la lutte contre le chômage, notamment chez les jeunes.

Numousso Condé, apprentie couturière depuis
près de quatre ans, y voit une véritable opportunité. « Cela m’aide beaucoup.
J’arrive à subvenir à certains de mes besoins. Mon objectif, c’est d’ouvrir mon
propre atelier », affirme-t-elle.

Même ambition chez Aïcha Diaby, également
apprentie : « Si tu fais bien ce travail, tu peux t’aider toi-même et aider tes
proches. Une femme peut être indépendante grâce à la couture »,
explique-t-elle.

Pour Oumar Cissé, couturier depuis plus de dix
ans, ce métier est bien plus qu’une activité économique. « Cela nous aide à
éviter le chômage. On arrive à prendre en charge nos familles. C’est un métier
qui fait vivre », souligne-t-il.
À quelques jours de la Tabaski, la pression
reste forte dans les ateliers. Entre exigences des clients et contraintes du
terrain, les tailleurs continuent de s’adapter pour répondre à la demande.
Derrière les retards souvent dénoncés, se
cache ainsi une réalité faite de travail acharné, de compromis et de
débrouillardise. Un métier parfois critiqué, mais qui demeure indispensable à
la vie économique et sociale de la ville.


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