La flambée des prix des denrées et du bétail continue
d’inquiéter à Kankan à quelques semaines de la fête de Tabaski. Interrogé par
la presse à l’issue d’une rencontre sur l’assainissement de la ville entre
autorités administratives et responsables locaux, le préfet de Kankan, le
colonel Mohamed Niang, a tenu un discours ferme contre les augmentations jugées
abusives sur certains produits de grande consommation.
Pour l’autorité préfectorale, la hausse des prix observée ces derniers jours
ne peut être acceptée sans réaction des services de l’État.
« Cette flambée des prix, on n’en est pas à la première fois. J’ai dit qu’en Guinée, seul le drapeau qui monte et qui descend. Les autres, quand ça monte, les gens se cramponnent et ne veulent plus revenir en arrière », a déclaré le colonel Mohamed Niang.
Le préfet estime que les autorités locales ont
le devoir de protéger les populations contre les spéculations commerciales.
« C’est la faute des autorités à la base si nous laissons faire, parce que nous devons veiller sur le bien-être et le bonheur de nos concitoyens.», a-t-il poursuivi.
Le colonel Mohamed Niang a particulièrement
évoqué le cas du prix de la viande à Kankan, qui aurait connu une hausse
importante ces derniers jours.
« On prend l’exemple de la viande qui était à 50 000 francs. Certains étaient partis jusqu’à 80 000 francs. C’était trop fantaisiste », a-t-il dénoncé.
Selon lui, plusieurs vendeurs ont été
interpellés après avoir refusé de revenir sur leurs prix.
« Il y en a même qui ont séjourné au commissariat. Délibérément, ils se sont donné le pouvoir de fixer des prix exorbitants. Finalement, après discussions, ils ont accepté de quitter 80 000 francs pour revenir à 65 000 francs pour la viande sans os et 60 000 francs avec os », a expliqué le préfet.
D’après les autorités, cette décision résulte
d’un accord entre les représentants du ministère du Commerce, du ministère de
l’Élevage ainsi que les acteurs de la filière viande-bétail.
Pour le préfet, ces augmentations sont souvent
liées aux périodes de forte demande, notamment avant les fêtes religieuses.
« Nous avons remarqué que c’est circonstanciel. À l’occasion des fêtes, ils se prépositionnent parce qu’ils savent que les pèlerins sont en train de partir et que la population prépare les sacrifices de Tabaski », a-t-il indiqué.
Le colonel Mohamed Niang assure que les
autorités continueront à surveiller l’évolution des prix afin d’éviter toute
nouvelle spéculation.
« Nous ne laisserons pas faire. On va tous veiller sur les prix pour que cela ne déborde pas. Parce que bientôt, les béliers qui ne coûtaient pas 5 ou 6 millions risquent de se retrouver à 7, 8 ou même 9 millions de francs. Et cela devient difficile pour les citoyens », a-t-il averti.
Le préfet a également cité l’exemple de la banane, affirmant que certains commerçants abandonnent progressivement les méthodes de vente habituelles au profit de la vente au kilogramme. Une pratique qu’il juge préoccupante pour les consommateurs qui n’ont pas forcément les moyens ou le besoin d’acheter en grande quantité.
Au cours de son intervention, le préfet a
également évoqué la question de la transhumance et des dégradations
environnementales liées à certains troupeaux dans les districts de la
préfecture.
« Nous avons trouvé des jeunes qui n’ont même pas l’âge de fréquenter la brousse, utilisés pour guider les troupeaux. Ils abattent des arbres avec des tronçonneuses et détruisent notre couverture végétale », a-t-il regretté.
L’autorité préfectorale accuse également
certains jeunes de conclure des arrangements informels favorisant les conflits
entre éleveurs et habitants.
« Ils prennent de l’argent pour accepter la cohabitation avec ces troupeaux. Quand l’autre partie n’est pas d’accord, cela déclenche des affrontements. Nous n’allons pas accepter cela », a conclu le colonel Mohamed Niang.
À l’approche de la Tabaski, les autorités de Kankan disent vouloir maintenir
la pression sur les acteurs du marché afin de limiter les spéculations et
préserver le pouvoir d’achat des ménages, dans un contexte économique déjà
marqué par une forte tension sur les prix des produits de consommation.


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