Célèbre pour son centre traditionnel de traitement des fractures, Banankonin, à quelques kilomètres de Kankan, fait face à des besoins criants en éducation et en eau potable.

Dans la sous-préfecture de Karifamoriah, à quelques encablures de Kankan, Banankonin est souvent cité pour une chose : son savoir-faire ancestral dans le traitement des fractures, des luxations et des entorses. C’est ici que des dizaines de patients, venus de tout le pays, cherchent un soulagement lorsque les hôpitaux les déçoivent. Pourtant, derrière cette réputation, le quotidien des habitants de Banankonin révèle un tout autre visage : manque d’eau, absence d’enseignants, conditions de vie rudimentaires.

Mamoudou Camara, habitant du village, évoque d’abord la situation alarmante du système éducatif local. « Nous avons une école avec six classes, mais il n’y a presque pas d’enseignants. L’un est malade, l’autre n’avait même pas été officiellement formé. C’est nous, les parents, qui avons décidé de cotiser pour lui donner un peu d’argent afin qu’il accepte d’enseigner. Si l’État nous aidait à payer et à affecter des enseignants ici, ce serait une bénédiction. Les parents sont prêts, les enfants aussi. Ce qu’il manque, ce sont les enseignants. »

L’accès à l’eau est un autre point de tension. Mamoudou Konté, un autre villageois, raconte que depuis l’époque du président Conté, un unique forage a été installé. « Il a souvent été réparé grâce à nos efforts, mais ce n’est pas suffisant. Sous Alpha Condé, un autre forage a été construit pour les patients du centre de soins, mais là encore, un seul point d’eau pour tout un village en pleine expansion, c’est dérisoire. Certains habitants doivent prendre un taxi avec des bidons pour trouver de l’eau. Nous avons besoin de plusieurs forages. »

Car Banankonin n’est pas un village ordinaire. Grâce à son centre traditionnel, de nombreux malades venus de loin y séjournent parfois plusieurs mois. C’est le cas de Fanta Diawara, venue soigner son enfant blessé dans l’effondrement d’une mine artisanale. « Mon fils avait le dos fracturé. On m’a dit de venir ici plutôt qu’à l’hôpital. Aujourd’hui, cela fait un an qu’on est ici. Il commence à marcher. Le traitement est gratuit, mais on manque de tout : de logement, de nourriture, d’eau. »

Elle salue les gestes du président de la transition, le colonel Mamadi Doumbouya : « Chaque mois, on reçoit du riz, de l’huile, un peu d’argent, parfois même de la viande. On le remercie. Mais ce centre est devenu trop petit. Une chambre peut contenir jusqu’à dix personnes. Il faut construire plus. »

Banankonin est à la croisée des chemins : porteur d’un savoir traditionnel précieux, moteur d’une solidarité villageoise réelle, mais confronté à des manques structurels qui freinent son potentiel. À l’heure où le pays réfléchit à la valorisation des médecines locales et à l’accès aux droits fondamentaux, la voix de ses habitants mérite d’être entendue.

Namandjan Molandy Magassouba et Soulandy SACKO pour silabosoona.com