Alors que la présidente Samia Suluhu Hassan est donnée gagnante, des quartiers entiers de la capitale économique ont été le théâtre de manifestations violemment réprimées. L’opposition, exclue du scrutin, dénonce une mascarade.
Des affrontements ont secoué Dar es Salaam mercredi 29 octobre 2025, à l’occasion d’une élection présidentielle sous haute tension. La journée a été marquée par des jets de pierres, des tirs de gaz lacrymogènes et des incendies, sur fond de coupure d’internet nationale signalée par le groupe de surveillance NetBlocks.
Des vidéos relayées sur les réseaux sociaux montrent des jeunes manifestants s’en prenant aux forces de sécurité, tandis qu’une station-service était en flammes. Quatre quartiers de Dar es Salaam ont été touchés, selon plusieurs témoins. « Nous marchions vers le pont Selander pour atteindre le centre-ville lorsque la police a commencé à tirer du gaz lacrymogène », a déclaré un manifestant sous anonymat.
La tension est montée d’un cran depuis que les principaux partis d’opposition ont été exclus du scrutin. Le CHADEMA, formation historique de l’opposition, a été disqualifié en avril dernier après avoir refusé de signer le code électoral. Son leader, Tundu Lissu, est actuellement jugé pour trahison, une accusation qu’il rejette.
Même sort pour Luhaga Mpina, candidat du deuxième parti d’opposition ACT-Wazalendo, écarté à la suite d’une objection du procureur général. Ces disqualifications laissent la voie libre à la présidente sortante, Samia Suluhu Hassan, seule en lice face à des candidats de partis mineurs.
« Il n’y a pas d’élection en Tanzanie. C’est une couronnement », a réagi Deogratius Munishi, secrétaire aux affaires étrangères du CHADEMA, sur la chaîne Citizen TV au Kenya.
Malgré les critiques, le gouvernement affirme que le scrutin se déroule de manière libre et transparente, niant toute violation des droits humains. La présidente Hassan a appelé les citoyens à voter, après avoir elle-même glissé son bulletin à Dodoma.
Le vote concerne aussi les élections législatives pour le parlement national (400 sièges) et pour les institutions locales de Zanzibar, archipel semi-autonome.
La participation semblait faible à la mi-journée. Les bureaux doivent fermer à 16h, les résultats étant attendus sous trois jours.
Samia Suluhu Hassan, au pouvoir depuis 2021, avait suscité l’espoir en assouplissant la répression instaurée par son prédécesseur John Magufuli. Mais ces deux dernières années, de nombreuses voix d’opposants et d’ONG ont dénoncé des enlèvements et disparitions inexpliquées.
Récemment, l’ancien ambassadeur de Tanzanie à Cuba, devenu opposant, a été enlevé à son domicile. La police a promis une enquête. L’an dernier, la présidente avait ordonné une investigation sur ces accusations, mais aucun rapport n’a été rendu public.
silabosoona.com


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