À peine lancé, le projet minier de Simandou traverse une zone de turbulences. Une réduction massive des effectifs, sur fond de transition électorale, suscite des craintes sociales dans plusieurs localités liées au chantier.

Présenté par les autorités comme le pilier de la transformation économique de la Guinée, le projet minier de Simandou connaît son premier revers. Un mois seulement après l’inauguration officielle du site, une vaste vague de licenciements est en cours, touchant plusieurs milliers de travailleurs recrutés pour la phase de construction.

Pour respecter les délais fixés par l’État guinéen et les partenaires industriels, le chantier avait mobilisé une main-d’œuvre exceptionnelle. En 2024 et 2025, plus de 60 000 personnes étaient déployées sur les différents segments du projet, entre les mines, la voie ferrée longue de 670 kilomètres et les infrastructures portuaires. Une mobilisation sans précédent, souvent saluée comme une opportunité d’emploi rare dans les zones concernées.

Mais avec la fin progressive des travaux lourds et l’entrée dans la phase de production, les besoins changent. Selon les projections internes au projet, environ 15 000 employés suffiront désormais pour assurer le fonctionnement des mines, du port et du corridor ferroviaire. Une transition technique qui se traduit concrètement par des milliers de ruptures de contrats.

Sur le terrain, l’annonce est difficile à digérer. Pour de nombreux ouvriers, ces emplois représentaient bien plus qu’un simple revenu : une stabilité temporaire, parfois le seul moyen de subsistance pour des familles entières. Dans les zones proches de Simandou, l’inquiétude monte face au risque de chômage massif et à ses conséquences sociales immédiates.

La vague de licenciements observée à Simandou s’explique par le passage brutal de la phase de construction à celle de l’exploitation industrielle : pour respecter les délais imposés par les autorités, le projet avait mobilisé plus de 60 000 travailleurs en 2024 et 2025, mais le fonctionnement des mines, du port et de la voie ferrée de 670 kilomètres ne nécessitera à terme qu’environ 15 000 employés, provoquant une réduction soudaine des effectifs, vécue comme une rupture sèche par des milliers de salariés, sans solution immédiate de reconversion, dans un pays où les alternatives d’emploi restent limitées et où l’impact social de ces pertes de revenus est déjà perceptible sur le terrain.

Le contexte politique rend la situation encore plus sensible. Ces licenciements interviennent en pleine période électorale, alors que neuf candidats sont en lice pour l’élection présidentielle du 28 décembre 2025. Parmi eux figure le chef de la junte au pouvoir, le général Mamadi Doumbouya, largement favori selon plusieurs observateurs. C’est lui qui avait présidé, en novembre dernier, la cérémonie marquant le lancement officiel de la production à Simandou.

Entre promesses de développement, réalités industrielles et attentes sociales, le projet Simandou se retrouve aujourd’hui au cœur d’un débat national. Pour de nombreux Guinéens, l’enjeu dépasse le cadre minier : il touche à la crédibilité des engagements économiques et à la capacité de l’État à accompagner les transitions sociales qu’ils impliquent.

Par silabosoona.com