Depuis le 5 septembre 2021, la transition conduite par le général Mamadi Doumbouya a mis l’accent sur la stabilisation politique, la lutte contre la corruption et la modernisation des infrastructures. Ce bilan, couvrant la période du 5 septembre 2021 au 31 décembre 2025, revient sur les réformes et réalisations mises en avant par les autorités et relayées par des sources publiques et médiatiques, avec leurs effets concrets sur l’administration, l’économie et les services sociaux.

Le 5 septembre 2021, le général Mamadi Doumbouya, alors commandant du Groupement des forces spéciales, renverse le régime d’Alpha Condé. Dans sa première communication, il promet une transition de « refondation » visant à reconstruire l’État guinéen. Entre cette date et le 31 décembre 2025, l’action du gouvernement de transition se structure autour de plusieurs axes : apaisement politique, réforme de la gouvernance, modernisation administrative, investissements dans les infrastructures, relance productive et repositionnement diplomatique.

Dès les premiers mois, le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD) cherche à réduire les tensions politiques. Des assises nationales sont organisées pour favoriser le dialogue entre partis, société civile et institutions, avec l’idée de consolider une réconciliation nationale et d’installer une architecture de concertation plus régulière. Un cadre de dialogue et un comité de suivi sont ensuite mis en place pour encadrer les discussions et éviter que les désaccords ne dégénèrent en confrontation ouverte. Dans ce même esprit d’apaisement, la transition autorise le retour de plusieurs exilés politiques et permet à l’ancien président Alpha Condé de quitter le pays pour des soins, gestes perçus comme symboliques dans un contexte politique longtemps crispé. Les autorités annoncent également la rédaction d’une nouvelle Constitution, adoptée en 2025, avant de fixer la date de l’élection présidentielle au 28 décembre 2025, signal présenté comme l’étape finale vers la restitution du pouvoir aux civils.

Sur le volet gouvernance, la transition ouvre un chantier de rationalisation de l’État. Une opération de nettoyage de la fonction publique vise à identifier les agents fictifs et les doublons. L’un des résultats mis en avant est une baisse des effectifs, le nombre de fonctionnaires passant de 117 000 à environ 101 000 en 2022, avec des économies estimées à 32 milliards de francs guinéens. Cette logique de « nettoyage » s’étend aussi aux forces de sécurité : des départs à la retraite touchent des militaires, policiers et douaniers, avec pour objectif affiché de rajeunir l’administration, d’assainir la masse salariale et de professionnaliser davantage l’armée. Dans le même temps, des recrutements sont relancés après ces vagues de départs, permettant à de jeunes Guinéens d’intégrer les forces armées dans un cadre présenté comme plus structuré.

La lutte contre la corruption devient un autre marqueur de la période. La création de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) vise à poursuivre les faits de détournement, d’enrichissement illicite et d’atteinte aux biens publics. Une Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis est également mise en place pour accompagner les décisions de justice et renforcer le suivi des biens récupérés. Les procédures engagées contre d’anciens dignitaires et certains responsables en exercice contribuent à installer un signal de fermeté, tandis que la perception internationale de la lutte anticorruption est présentée comme en amélioration : l’indice de perception de la corruption de Transparency International attribue à la Guinée 28 points sur 100 en 2024 (133e sur 180), contre 26 points en 2023 (141e) et 25 points en 2022 (147e).

Parallèlement, l’État s’engage dans une modernisation administrative plus technique : numérisation de la gestion des ressources humaines, renforcement des procédures sur les marchés publics, et digitalisation de certains circuits budgétaires. Selon les éléments diffusés par les autorités, ces réformes visent à mieux collecter les recettes, maîtriser les dépenses et améliorer la transparence. Sur le plan macroéconomique, la période est marquée par une croissance maintenue : 5,5 % en 2022, 5,7 % en 2024, avec des projections de 6,5 % en 2025 et une accélération attendue à partir de 2026-2027, portée par le secteur minier. Les autorités mettent aussi en avant une inflation contenue sous la barre des 9 % et une stabilisation du franc guinéen autour de 8 500 GNF pour 1 dollar. Dans ce cadre, les recettes fiscales sont annoncées en forte progression, ce qui permet, selon la communication officielle, de financer davantage de programmes sociaux et d’investissements.

Sur les infrastructures, l’un des efforts les plus visibles concerne les routes. Des bilans relayés indiquent que plus de 2 250 km de routes auraient été aménagés ou réhabilités entre 2021 et 2025, avec une priorité donnée aux axes structurants. À Conakry, la construction d’échangeurs devient le symbole de cette transformation urbaine. L’échangeur de Bambéto, inauguré en novembre 2025, est présenté comme la pièce maîtresse : un complexe à trois niveaux comprenant un pont principal avec deux voies dans chaque sens, un passage souterrain, un rond-point intermédiaire et environ 5 km de routes réhabilitées. Le financement annoncé s’élève à 339,6 milliards de GNF via le Fonds koweïtien, et la réalisation est attribuée à Sinohydro. D’autres descriptions évoquent aussi la présence d’une trémie, de deux ronds-points et de deux tunnels, avec un objectif central : fluidifier les déplacements entre l’aéroport, les corniches nord et sud et plusieurs quartiers résidentiels, dans une capitale où les embouteillages structurent la vie quotidienne.

Dans le secteur minier, la transition lance le programme « Simandou 2040 », présenté comme un plan d’intégration entre exploitation du fer et infrastructures nationales. Le projet associe l’exploitation des gisements du mont Simandou, évoqués à hauteur d’environ 2 milliards de tonnes, à la construction d’une ligne de chemin de fer de 650 km reliant la mine au port de Moribaya, pour un investissement global estimé à 20 milliards de dollars. Le démarrage officiel, annoncé en novembre 2025 en présence notamment des présidents du Gabon et du Rwanda, est présenté comme un tournant économique, la Guinée cherchant à mieux structurer la transformation et l’exportation de ses ressources, tout en modernisant routes et installations portuaires connexes.

Dans la santé, plusieurs projets sont mis en avant pour améliorer l’accès aux soins. En août 2022, le chef de la transition inaugure la rénovation du CHU Donka, réalisée avec l’appui de la Banque islamique de développement. L’établissement modernisé est présenté comme doté de 31 services, dont 15 blocs opératoires, un centre d’imagerie, des laboratoires et des services d’hospitalisation, avec l’objectif d’améliorer l’offre de soins spécialisés et la préparation face aux épidémies. En août 2025, un centre de santé amélioré baptisé « Lauriane Doumbouya » est inauguré à Kobaya : bâtiment principal à deux niveaux, consultations générales et spécialisées, bloc chirurgical, maternité, laboratoire et hospitalisation. Le projet est rattaché au pilier « santé et bien-être » du programme Simandou 2040. Dans la même logique d’investissement social, certains documents mentionnent aussi la construction de quatre nouveaux hôpitaux, ainsi que la rénovation de nombreuses écoles.

Sur l’éducation, le gouvernement met en avant plusieurs chantiers : digitalisation et connexion de 2 200 écoles, dotation de 600 enseignants du préscolaire en tablettes, création et déploiement de plateformes numériques pour les élèves. Des infrastructures sont également citées, comme la livraison d’un centre de formation continue à Kankan et la construction de nouvelles salles de classe dans des localités dont Kouroussa. À cela s’ajoute une révision des curricula et le renforcement des cantines scolaires : environ 240 000 élèves dans 1 605 écoles primaires reçoivent des repas, en partenariat avec le Programme alimentaire mondial. L’ensemble est présenté comme un levier pour améliorer l’indice de développement humain, tout en soutenant l’emploi par les chantiers et les services liés à l’école.

L’agriculture est présentée comme un autre axe de souveraineté, dans un pays où la pression sur le pouvoir d’achat s’exprime souvent par les prix des denrées. En février 2024, un accord est signé avec la Chambre de commerce pour sécuriser l’approvisionnement et stabiliser les prix des produits de base. Les chiffres avancés indiquent qu’entre 2022 et 2023, les importations de riz auraient baissé de 9 %, pendant que la production nationale était attendue en hausse de 12 % en 2024. Les autorités rappellent aussi que la Guinée est citée comme premier producteur mondial de fonio. Le bilan met en avant des distributions de 6 550 tonnes de semences et 63 034 tonnes de fertilisants, la mécanisation de campagnes, ainsi que des crédits évalués à 234 milliards de GNF pour soutenir les producteurs. La production de pomme de terre est annoncée en progression, de 50 000 tonnes à 95 000 tonnes, avec une baisse des prix attribuée à ce regain de production. Des actions similaires sont évoquées pour l’igname, dans une logique de soutien aux filières et d’allègement du coût de certains produits sur les marchés.

Sur le plan diplomatique, la transition cherche à diversifier ses partenariats. La coopération avec le Koweït est présentée comme renforcée, notamment via le financement de l’échangeur de Bambéto et d’autres projets (transport, eau, énergie, santé, éducation), signe d’une confiance renouvelée de certains bailleurs. La présence de dirigeants d’Afrique centrale au lancement de Simandou 2040 est également citée comme un indicateur d’ouverture régionale.

Sur la sécurité et la défense, la réforme de l’armée est décrite comme un processus profond : départs à la retraite, suppression de doublons dans la solde, réorganisation des effectifs et amélioration des équipements et des conditions de vie. Les autorités insistent sur l’objectif de bâtir une armée davantage républicaine et professionnelle, censée garantir la stabilité intérieure, dans un pays où l’histoire politique reste étroitement liée au rapport entre pouvoir et forces de défense.

Au terme de la période étudiée, la transition se présente comme un moment de bascule par rapport au système antérieur. Sous Alpha Condé, les dernières années ont été marquées par une crise de confiance durable, des tensions politiques récurrentes et un sentiment de fracture entre institutions et une partie de la population. Depuis 2021, la transition a mis en place des outils de contrôle et de répression des infractions économiques, accéléré des chantiers d’infrastructures et relancé des politiques sectorielles, notamment en agriculture, éducation et santé. Cette dynamique n’efface pas les défis structurels — pauvreté, inégalités territoriales, attentes sociales élevées, nécessité d’un cadre politique durable — mais elle a modifié des repères concrets dans l’administration et l’espace public, au point de nourrir, chez de nombreux citoyens, des comparaisons directes entre « avant » et « maintenant ».

Lonkassia Camara