La coordination N’ko Semba a organisé une cérémonie commémorative du 77ᵉ anniversaire de l’alphabet N’ko à la bibliothèque Lancinet Williams de Kankan, mobilisant des participants venus de plusieurs localités de Haute-Guinée, notamment Siguiri, Kouroussa, Mandiana, Norassoba, Banankoro, ainsi que de la capitale Conakry.
Placée sous le thème « Valoriser nos écritures pour accélérer le développement », la rencontre a rassemblé membres d’associations N’ko, représentants du Sénat N’ko (Kangbèda), ainsi que des enseignants, chercheurs et passionnés de cette écriture africaine. Conférences, échanges intellectuels et activités culturelles ont rythmé la journée, soulignant l’importance des langues nationales dans le développement scientifique, culturel et économique de l’Afrique.
Quatre conférenciers ont animé les débats. Moussa Balandou Diallo est intervenu sur la chimie à travers le tableau périodique de Mendeleïev adapté en N’ko. Sory Mandénka Kaba a présenté « dix éléments clés » sur le savant Souleymane Kanté, inventeur de l’alphabet N’ko. De son côté, Siré Bawakaly Kaba a développé le thème central sur la valorisation des écritures africaines, tandis que Dr Kotèban Camara a abordé le lien entre langue et science.

Dans son intervention, le coordinateur de N’ko Semba, Bassabati Sidibé, a rappelé les objectifs de la rencontre :
« Nous avons appelé les participants pour leur rappeler la célébration en différé de l’écriture N’ko. Nous avons abordé le tableau de Mendeleïev en N’ko, évoqué Kanté Souleymane en tant que savant et expliqué comment valoriser nos langues. Aujourd’hui, le N’ko fait partie des langues vivantes et prend une dimension internationale », a-t-il déclaré.
Dr Kotèban Camara, conférencier, a pour sa part pointé du doigt le manque de productions originales en N’ko :
« Ce n’est pas interdit d’apprendre la langue des autres, mais cela doit être accompagné par la nôtre. La faiblesse des promoteurs du N’ko, c’est que 80 % des ouvrages sont des traductions de savoirs étrangers. Nous devons produire nos propres contenus, écrire notre culture et nos traditions pour contribuer réellement au développement du pays », a-t-il insisté.

Sory Mandénka Kaba, écrivain et promoteur de l’alphabet, est revenu sur l’origine du N’ko, créé le 14 avril 1949 à Bingerville (Côte d’Ivoire) par Souleymane Kanté. Il a également salué les initiatives récentes des autorités guinéennes :
« Le mois d’avril est sacré pour les N’kophones. Le décret du 17 avril 2021 du président Mamadi Doumbouya pour valoriser les langues nationales, dont le N’ko, constitue une avancée majeure. Aucun développement durable n’est possible sans l’usage de nos propres langues », a-t-il affirmé.

Même son de cloche chez la conférencière Siré Bawakaly Kaba, qui a insisté sur la nécessité de maîtriser les langues locales :
« Il est anormal de ne pas être capable de parler ou de travailler dans sa propre langue. Dans les autres pays, la langue nationale est priorisée. Nous devons faire de même », a-t-elle déclaré, avant d’ajouter : « Être considéré comme analphabète dans sa langue maternelle est la plus grande des injures. »

Présente à la rencontre, l’enseignante-chercheuse Camara Fatoumata Bamba de l’Université Julius Nyerere de Kankan a exprimé sa fierté quant au parcours du N’ko :
« Le chemin parcouru depuis 1949 montre que cette lutte valait la peine. Aujourd’hui, le N’ko est étudié à travers le monde et permet d’enseigner toutes les disciplines, des sciences aux lettres. Les grandes nations se sont զարգillées grâce à leurs langues. L’Afrique peut en faire autant », a-t-elle souligné, tout en saluant la reconnaissance du N’ko comme langue nationale en Guinée.
Au-delà de la commémoration, cette célébration a servi de cadre de réflexion sur les enjeux liés à la promotion des langues africaines, considérées par les intervenants comme un levier essentiel pour le développement du continent.


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