La disparition de Lansana Conté, le 22 décembre 2008 à Conakry, a mis fin à vingt-quatre années d’un pouvoir sans partage. Dix-sept ans plus tard, la Guinée continue de mesurer l’héritage contrasté d’un homme arrivé par les armes, resté par la force, et parti en laissant un pays fragilisé.

Né vers 1934 à Moussaya, dans la préfecture de Dubréka, Lansana Conté est formé dans les rangs de l’armée coloniale française avant de rejoindre l’armée guinéenne après l’indépendance. Le 3 avril 1984, une semaine après la mort d’Ahmed Sékou Touré, il s’empare du pouvoir à la tête du Comité militaire de redressement national. Les premières années sont marquées par la libération de prisonniers politiques et une ouverture économique prudente, rompant avec le centralisme du régime précédent.
Au début des années 1990, le multipartisme est instauré et une nouvelle Constitution adoptée. Mais très vite, les espoirs s’étiolent. Les élections sont contestées, la Constitution modifiée pour prolonger les mandats, et l’État se confond progressivement avec un système de prédation. Les audits commandés en 2007 révèlent un pillage massif des finances publiques, pendant que la population s’enfonce dans la précarité.
Affaibli par une leucémie et un diabète aigu, le président gouverne de plus en plus à distance, s’appuyant sur une armée divisée et réprimant durement les contestations sociales, notamment lors des grèves de 2007 qui font des dizaines de morts. Malgré une croissance économique relative dans les années 1990, les acquis sont progressivement anéantis par la mauvaise gouvernance et l’instabilité.
À sa mort, la transition constitutionnelle n’a pas lieu. L’armée reprend le pouvoir, ouvrant une nouvelle période d’incertitude. Dix-sept ans après, Lansana Conté reste une figure ambivalente : pour les uns, l’homme qui a évité la guerre civile ; pour d’autres, celui qui a retardé l’émergence d’un État démocratique et prospère dans un pays pourtant riche de ses ressources.
Par silabosoona.com


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