d’électricité et pression des clients.

À l’approche de la fête de Tabaski, les ateliers de couture de Kankan tournent à plein régime. Derrière les habits flambant neufs que porteront les familles, se cache une réalité bien plus éprouvante : des nuits sans sommeil, des conditions de travail difficiles et une pression constante des clients.

Dans son atelier, Sidiki Condé, tailleur depuis cinq ans, ne cache pas l’intensité du rythme imposé par cette période. « Si nous venons ici dans notre atelier le matin, nous passons des nuits blanches jusqu’au matin en train de travailler. Nous avons seulement une heure de repos pendant toute la journée », confie-t-il.

Cette cadence effrénée s’explique autant par la recherche de revenus que par la crainte de conflits avec la clientèle. « Tous les clients n’envoient pas les habits à temps. Et si nous disons de les rejeter, ils vont commencer à nous supplier… nous n’aurons pas d’autre choix que de les prendre », poursuit-il, évoquant une pression permanente qui pousse souvent les tailleurs à accepter plus de commandes qu’ils ne peuvent en gérer.

Une surcharge de travail qui se retourne parfois contre eux. « Parfois même, nous regrettons encore de les avoir acceptés. Donc, c’est le même client qui viendra encore te fatiguer en disant que jusqu’à présent ses habits ne sont pas finis », ajoute Sidiki Condé.

Au-delà de la fatigue, les conséquences sur la santé sont réelles. « Passer des nuits blanches sans dormir nous cause des maladies après la fête. Parfois même, nous pouvons dépenser tout ce que nous avons gagné… dans les remèdes pour nous traiter », explique-t-il, décrivant un cercle difficile à briser.

Dans les ateliers, la productivité atteint des niveaux exceptionnels. « Nous pouvons coudre 10 complets de la même façon dans une seule journée. Sinon, si ce ne sont pas les fêtes, au moins nous cousons 2 complets par journée », précise le tailleur, illustrant l’écart entre la période festive et le reste de l’année.

Mais au-delà de la charge de travail, les conditions matérielles compliquent davantage la situation. Le manque d’électricité oblige certains artisans à recourir à des solutions coûteuses. « Des fois, il met de l’essence dans le moteur pour travailler, et ça aussi, nous sommes dans une période de crise de carburant », témoigne Alama Traoré, client venu faire coudre ses habits.

Malgré ces contraintes, les attentes des clients restent élevées, parfois au détriment de la compréhension mutuelle. « Mais malgré tout, ils ne sont pas totalement justes… Sinon, ce sont des trompeurs. Même parfois, ils n’ont pas le choix quand ils ont trop d’habits », nuance-t-il, pointant à la fois les limites des tailleurs et les exigences du marché.

Du côté des apprentis, certains tentent de trouver du sens dans cet effort intense. « La couture que nous effectuons chaque jour est fatigante, car on passe toute la nuit à travailler. Mais travailler la nuit me donne du courage aussi, parce que c’est un travail et aussi un bon chemin », affirme Tiranké Bayo.

Même constat chez Ousmane Sidibé, pour qui la surcharge reste difficile à mesurer. « Je ne peux même pas calculer le nombre de complets que nous cousons par journée tellement c’est trop. La cause est que nous gagnons assez d’habits à coudre », explique-t-il.

Entre opportunité économique et épuisement physique, les tailleurs de Kankan vivent chaque année une période charnière à l’approche de la Tabaski.