De l’ancien légionnaire devenu président de la transition au diplomate chevronné, en passant par des économistes formés à la Sorbonne ou aux États-Unis, neuf candidats aux parcours variés s’affronteront dans les urnes le 28 décembre.

La présidentielle du 28 décembre 2025 s’annonce décisive pour la Guinée. Quatre ans après le coup d’État du 5 septembre 2021, le pays espère tourner la page de la transition militaire. Sur 51 candidatures déposées, seules 9 ont été validées par la Cour suprême. Une sélection qui suscite à la fois espoir et interrogation.

Mamadi Doumbouya (indépendant) est sans doute la figure la plus scrutée. Né en 1980 quartier Banankoroda (Kankan), ce militaire de carrière a servi dans la Légion étrangère française avant de retourner en Guinée en 2012. Il gravit les échelons jusqu’à devenir commandant des Forces spéciales. Le 5 septembre 2021, il renverse Alpha Condé et devient président de la transition. Formé en France, en Israël, au Royaume-Uni et en Afrique, il est titulaire d’un master en défense de l’université Paris-Panthéon-Assas. Sa candidature indépendante, sous la bannière « Bâtir Ensemble », est marquée par les critiques liées à son rôle dans la transition, notamment autour de la disparition de militants et de journalistes.

Abdoulaye Yéro Baldé (FRONDEG), ancien ministre de l’Enseignement supérieur (2016-2020), a quitté le gouvernement en signe de protestation contre le troisième mandat d’Alpha Condé. Économiste de formation, diplômé de Columbia Business School, de la Sorbonne et de l’École des Ponts de Paris, il a été haut fonctionnaire à la Banque mondiale, directeur financier chez Global Alumina, et vice-gouverneur de la Banque centrale de Guinée. Il a aussi siégé à la Société Générale de Banque de Guinée et Coris Bank. Il se présente comme un défenseur de l’État de droit et de la gouvernance responsable.

Hadja Makalé Camara (FAN), diplomate aguerrie et juriste, a occupé des fonctions ministérielles dans les domaines de l’agriculture (1994-1996) et des affaires étrangères (2015-2017). Militante pour les droits des femmes, elle est membre du comité de lutte contre les mutilations génitales féminines. Formée en Guinée, à Paris et à Washington, elle est aussi ancienne boursière du programme Humphrey. Elle a été candidate en 2020 et préside depuis 2020 le Front pour l’Alliance nationale.

Ibrahima Abé Sylla (NGR), né à Kindia en 1951, est ingénieur électricien formé aux États-Unis. Il a travaillé chez General Electric, puis chez AT&T/Bell Labs comme chercheur en télécoms. Fondateur de AIS Engineering et AIS International, il intervient dans l’énergie, les mines et les télécoms. Il fut candidat en 2010 (6e place), député en 2020, puis ministre de l’Énergie de 2021 à 2022. Sa candidature s’appuie sur sa double casquette d’homme d’affaires et d’ancien ministre.

Abdoulaye Kourouma (RRD), né en 1983 à Nzérékoré, est économiste, diplômé de l’Université de Kankan et formé en Russie puis au Sénégal. Co-fondateur de Global Consulting et entrepreneur dans le transport et l’agroalimentaire, il est aussi actif dans les échanges commerciaux entre la Guinée et la Corée. Député entre 2020 et 2021, il représente une nouvelle génération de leaders politiques.

Mohamed Nabé (ARP) incarne un profil technocratique. Formé à Boston, à Paris (Sorbonne, IAE), à Londres (LSE) et à San Francisco (INSEEC), il a dirigé le Fonds national d’insertion des jeunes, travaillé dans le secteur bancaire (SGBG), puis dans l’industrie cimentière. Il est régulièrement sollicité par l’Union africaine pour des missions électorales. Il plaide pour l’innovation et le renouvellement du leadership.

Elhadj Bouna Keïta (RGP), entrepreneur établi dans les secteurs miniers et commerciaux, est un habitué de la scène politique. Candidat dès 1993, il a participé à la présidentielle de 2010 et siégé brièvement au Parlement après les élections de 2020. Son entreprise, Batax Bouna Mining, est active dans le commerce de diamants. Le RGP faisait partie de la mouvance présidentielle d’Alpha Condé.

Mohamed Chérif Tounkara (indépendant), né en 1953 à Bo (Sierra Leone), est un self-made-man passé de conducteur de taxi à commerçant international. Actif dans le négoce de diamants, il a vécu entre Hong Kong, l’Afrique de l’Est, Paris et les États-Unis. Ancien député de la commission Mines et industrie (2020-2021), il est l’un des rares candidats à incarner le monde des affaires populaires.

Faya Lansana Millimouno (Bloc Libéral), universitaire formé au Canada, est docteur en administration de l’éducation. Enseignant à l’École normale de Manéah depuis 1987, il a aussi travaillé à la Banque mondiale et à Georgetown University. Il entre en politique dès 1991, fonde le Bloc Libéral en 2013, et se positionne comme l’un des plus critiques envers la junte. Il milite pour un régime parlementaire et un changement profond du système.

Derrière ces neuf profils, ce sont des visions opposées de la Guinée qui se présentent aux électeurs. Technocrates, militaires, militants ou entrepreneurs, chacun incarne une facette des espoirs et frustrations d’un pays en quête de stabilité. Le 28 décembre, plus de 6,7 millions de Guinéens seront appelés à choisir celui – ou celle – qui incarnera le retour à l’ordre constitutionnel.

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