La condamnation des jeunes interpellés lors de la manifestation contre l’exploitation minière illégale à Siguiri continue de susciter des réactions. Ce samedi 28 février 2026, l’honorable Sékou Savané, ancien député et doyen de Kènèmanden Niagassola, est sorti de son silence pour exprimer publiquement son soutien aux manifestants condamnés la veille.

Le vendredi 27 février, le Tribunal de Première Instance, exceptionnellement délocalisé à la Cour d’Appel de Kankan, a rendu son verdict dans l’affaire des 17 jeunes arrêtés le 17 février 2026 lors d’une manifestation dénonçant l’utilisation de machines Poclains dans l’exploitation minière à Siguiri. Parmi les prévenus, Mamadi Sylla, alias « Top Sie », porte-parole du mouvement, a été condamné à six mois d’emprisonnement dont cinq assortis de sursis.

Un soutien affirmé aux jeunes condamnés

Interrogé par notre correspondant préfectoral, l’honorable Sékou Savané a salué ce qu’il qualifie de « bravoure » et de « patriotisme » des jeunes condamnés.

« Les jeunes arrêtés à Siguiri et emprisonnés à Kankan ont mon respect. Je salue leur amour pour leur préfecture. Si j’étais jeune aujourd’hui, je serais en prison avec eux. Ils ont été arrêtés pour une cause noble : la défense de leur terre », a-t-il déclaré.

Dans son intervention, le doyen a établi une comparaison forte pour illustrer son propos :

« Ils sont comparables à ceux qui tombent aujourd’hui ailleurs pour défendre leur patrie. Quand on se bat pour sa terre, on ne devrait pas être considéré comme un criminel. »

« Je ne suis pas derrière eux, je suis devant eux »

Réagissant aux accusations selon lesquelles des notables manipuleraient la jeunesse locale, Sékou Savané a rejeté toute idée de manœuvre en coulisses.

« Certains disent que des doyens sont derrière ces jeunes. Moi, je ne suis pas derrière eux. Être derrière, c’est se cacher. Je suis devant eux pour les encourager et leur dire qu’ils sont dans la vérité. »

Il estime que la dénonciation des atteintes à l’environnement ne devrait pas être assimilée à une posture politique.

« Dans ce pays, dès que vous dénoncez ce qui ne va pas, on vous classe dans un camp. Si dénoncer la destruction de ma terre signifie être opposant, alors j’assume. »

Des chiffres alarmants sur l’environnement local

L’ancien député a également évoqué l’ampleur des dégâts environnementaux dans la préfecture de Siguiri.

« Plus de 80 % des rivières et marigots sont détruits. Nos terres sont ravagées. Les populations souffrent. Nous parlons ici de destructions irréversibles. »

Il affirme que l’exploitation minière mécanisée a fortement dégradé les terres agricoles et les ressources hydriques, appelant à une mobilisation nationale et internationale pour préserver l’environnement local.

Une critique ouverte de la justice

L’honorable Savané s’est également dit « très déçu » de la décision judiciaire.

« Les jeunes ont été condamnés pour avoir protesté contre la destruction de leur environnement. Les textes interdisent pourtant la dégradation des ressources naturelles. Pourquoi ceux qui détruisent ne sont-ils pas inquiétés ? »

Il a appelé les autorités à faire preuve de discernement et à privilégier la protection des terres plutôt que la répression des manifestants.

« Nous demandons simplement qu’on laisse notre terre vivre. Même si l’on ne nous donne ni électricité, ni eau, ni routes, qu’au moins on ne détruise pas ce que nous avons. »


Ibrahima Kaman Faraba Camara
silabosoona.com