Après deux jours de tensions et de violences à Siguiri, les jeunes mobilisés contre la destruction de l’environnement ont rencontré une délégation ministérielle envoyée par le président de la République. Une rencontre tendue mais décisive.
C’est dans le vestibule traditionnel des Magassouba que les voix se sont élevées, ce lundi 2 décembre. Le président Mamadi Doumbouya a dépêché sur place une délégation gouvernementale composée du ministre des Affaires étrangères, Dr Morissanda Kouyaté, et du secrétaire général des Affaires religieuses, Karamo Diawara. Leur mission : écouter, comprendre et calmer la colère des jeunes patriotes de Siguiri.
Depuis plusieurs jours, la ville est secouée par une série de manifestations contre l’utilisation illégale des machines Poclain dans les zones forestières. Au cœur des accusations : la complicité supposée d’autorités locales et nationales dans cette exploitation jugée destructrice.

Mamadi Sylla, porte-parole du mouvement, a pris la parole sans détours :
« Messieurs les ministres, excusez-moi de m’adresser à vous en tant que pères, frères, pas comme à des autorités. Vous venez de dire que l’arrêt des machines est facile. Mais nous, on vous informe que rien n’est plus difficile aujourd’hui en Guinée que de mettre fin à ça. Parce que ce sont les préfets, les gouverneurs, certains ministres à Conakry, qui sont en connivence avec les Chinois. Ils ont tous des Chinois dans les brousses de Siguiri pour détruire notre environnement, juste pour leurs intérêts égoïstes. »
Autour de lui, des jeunes l’acquiescent, des anciens baissent la tête. Le silence est lourd. Puis il poursuit, la voix ferme :
« Les doyens ici présents, nous sommes ici aujourd’hui parce que vous et vos pères avez préservé la nature pour nous. Pourquoi nous, on ne pourrait pas faire pareil pour nos enfants ? C’est ça qui nous pousse à lutter. Sinon je vous assure : si ça continue comme ça, dans cinq ans Siguiri sera comme Banankoro. Pourtant, le président a pris un décret pour interdire les machines Poclain. Mais ici à Siguiri, ce décret n’est pas respecté. Les machines sont dans nos brousses comme des fourmis. »
Face à ces accusations, le ministre Morissanda Kouyaté a tenté de calmer les esprits :
« Je vous ai écoutés avec attention. Ce soir même, j’irai avec certains d’entre vous sur le terrain pour voir les dégâts. On prendra des images qu’on montrera au président. Il prendra ses responsabilités. Ce que vous dites est grave. Et c’est l’intérêt national qui est en jeu. »
La délégation a promis de remonter fidèlement les doléances. Mais les jeunes restent sur leurs gardes. Ils attendent des actes. Pas des paroles.
Ibrahima Faraba CAMARA depuis Siguiri pour silabosoona.com


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