La Somalie est entrée vendredi dans une période d’incertitude politique après l’expiration officielle du mandat présidentiel de Hassan Sheikh Mohamud, sans qu’un scrutin soit organisé pour désigner son successeur.

Le gouvernement fédéral a annoncé unilatéralement l’ouverture d’une phase de "transition", à l’issue de plusieurs jours de négociations infructueuses avec l’opposition. Une situation aggravée par l’expiration, fin mars, du mandat des deux chambres du Parlement, pourtant chargées d’élire le chef de l’État.

Cette absence de cadre institutionnel marque une rupture dans un pays habitué aux reports électoraux, mais généralement encadrés par des compromis politiques préalables.

Au centre de la crise figure une réforme constitutionnelle adoptée début mars, portée par le président. Elle prévoit le passage à un système de suffrage universel, rompant avec le modèle traditionnel où les parlementaires étaient désignés par des délégués issus des clans.

Cette réforme est vivement contestée par l’opposition, qui dénonce un processus opaque et souligne les difficultés logistiques et sécuritaires à organiser un scrutin national dans un pays encore fragilisé.

Si une élection locale au suffrage universel a été organisée à Mogadiscio en décembre — une première depuis 1969 —, son extension à l’ensemble du territoire reste jugée irréaliste à court terme.

Vendredi soir, le président a affirmé que la réforme constitutionnelle prolongeait la durée des mandats présidentiel et parlementaire de quatre à cinq ans, soit jusqu’au 15 mai 2027.

Une interprétation immédiatement rejetée par ses opposants, qui accusent le chef de l’État de vouloir se maintenir au pouvoir sans légitimité électorale.

L’ancien président Sharif Sheikh Ahmed a alerté sur une "période grave", tandis que plusieurs responsables politiques mettent en garde contre un risque de confrontation armée si aucun compromis n’est trouvé.

La crise politique survient dans un contexte déjà instable, marqué par l’insurrection persistante des shebab, groupe affilié à Al-Qaïda, qui contrôle encore certaines zones rurales.

Par ailleurs, les tensions entre le gouvernement fédéral et plusieurs États régionaux, notamment le Puntland et le Jubbaland, alimentent les inquiétudes. Ces entités accusent le pouvoir central d’adopter une gouvernance trop centralisée.

Des analystes redoutent désormais un scénario de fragmentation institutionnelle, avec l’émergence possible d’autorités parallèles soutenues par l’opposition et certaines régions autonomes.

Au-delà de l’impasse politique, plusieurs observateurs craignent une exacerbation des rivalités claniques, historiquement au cœur des crises somaliennes.

Dans un pays où les équilibres restent fragiles, l’absence de compromis pourrait non seulement fragiliser davantage les institutions, mais aussi offrir un terrain favorable à la résurgence des violences.