Après près de deux jours de blocage, la commune rurale de Tintioulen, dans la préfecture de Kankan, a finalement désigné son maire ce vendredi 3 juillet 2026. Ansoumane Konaté, du parti Génération pour la Modernité et le Développement (GMD), a été élu à l’issue d’un scrutin interne marqué par des accusations de fraude, de corruption et d’intimidation.

Ces accusations mettent notamment en cause des responsables du GMD venus de Kankan, parmi lesquels le maire de la commune urbaine, Lamine Labo Kourouma, et son adjoint, Laye Keita.

L’installation des conseils communaux, organisée à l’échelle nationale le jeudi 2 juillet, s’est déroulée sans incident dans la majorité des localités de Guinée. Tintioulen fait cependant exception. Sur les 23 conseillers que compte la commune, répartis entre le GMD, avec 13 sièges, et l’Union pour la Défense des Intérêts Républicains (UDIR), avec 10 sièges, aucun accord n’a pu être trouvé le premier jour pour désigner le maire et ses adjoints.


Interrogé sur les raisons de ce blocage, le nouveau maire élu, Ansoumane Konaté, a expliqué : « Le problème c'était vraiment un peu compliqué parce que GMD passer avec 13 conseilers, UDIR à passer avec 10 conseillers, mais pratiquement il y avait des manquements sur la liste définitive par rapport à certains noms, donc c'est ce qu'il y avait bloqué complètement élections », a-t-il déclaré.

Le nouveau maire n’a toutefois pas précisé le nombre exact de voix obtenues, les conditions dans lesquelles le scrutin a été organisé ni la composition complète du bureau communal élu.

Le représentant local de l’UDIR, Moussa Kanté, également conseiller municipal, livre une version plus détaillée des événements. Il affirme que le vote prévu jeudi n’a pas pu avoir lieu parce que la partie adverse aurait exigé de faire voter, par dérogation, des personnes qui n’étaient pas habilitées, en violation, selon lui, de l’article 230 du texte régissant ces élections.

« Une personne est présente sur les lieux, sa carte d'électeur à la main, son nom est sur la liste, et ils refusent de la laisser voter sous prétexte qu'ils doutent, que il faut prendre d’autres personnes pour voter a la places de ces trois personnes », a-t-il dénoncé.

Selon Moussa Kanté, c’est ce différend qui aurait empêché la tenue du scrutin jeudi. Les discussions se seraient poursuivies jusqu’après 23 heures, sans qu’un compromis ne soit trouvé.

Le vendredi, 22 des 23 conseillers étaient présents, soit un quorum suffisant, selon Moussa Kanté, pour valider le scrutin. Malgré cette présence, le blocage a persisté.

Le conseiller de l’UDIR affirme qu’il lui aurait été interdit d’entrer dans la salle pour voter en raison d’une erreur de saisie ayant transformé son nom, « Moussa Kanté », en « Moussa Konaté » sur sa carte.


« Au lieu de “Moussa Kanté”, il a écrit “Moussa Konaté”. Pourtant, la date de naissance et la photo étaient exactement les mêmes. Malgré cela, ils lui ont interdit l’accès à la salle », affirme-t-il.

Il dénonce, en retour, une anomalie dans les documents présentés par le camp adverse : « J'ai fait remarquer que sur leurs listes, les 13 personnes étaient toutes enregistrées comme étant nées en 1905 », a-t-il fait valoir, estimant qu’il y avait un traitement à deux vitesses.

Selon son témoignage, alors que la situation restait bloquée et que les conseillers de l’UDIR étaient absents de la salle, le camp du GMD aurait fait entrer ses dix conseillers présents afin de procéder au vote et d’élire le maire.

« J'ai vu qu'ils ont fait entrer leurs 10 personnes dans la salle pour voter. Si cela s'était fait à 22 personnes, cela aurait été acceptable, mais comment 10 personnes peuvent-elles faire le travail de 23 ? », s’est-il interrogé.


Moussa Kanté remet ainsi en cause la base légale sur laquelle un vote organisé par une partie seulement du conseil communal, en l’absence de l’autre camp, aurait pu aboutir à l’élection du maire et de ses adjoints.

Moussa Kanté rapporte également la présence sur les lieux de Lamine Labo Kourouma, nouvellement élu maire de la commune urbaine de Kankan, ainsi que celle d’un député, de Laye Keita, adjoint au maire de Kankan.

Il juge leur intervention illégitime : « Toi qui viens d'être élu par la voix du peuple, pourquoi te mêler de cette affaire avec violence, alors qu'elle ne concerne même pas ta commune ? », s’interroge Moussa Kanté, en visant le nouveau maire de Kankan.

Le conseiller municipal accuse également cette délégation d’avoir tenu des propos intimidants à son encontre.

Le conseiller de l’UDIR affirme que des propositions lui auraient été faites afin qu’il cède sa place. Selon lui, le nom de la mère du chef de l’État ainsi que celui de sa sœur auraient même été évoqués pour appuyer cette démarche.

Il assure avoir refusé toute transaction : « Les 400 personnes représentées par un même conseiller, multipliées par 13, ont placé leur confiance en nous. Si l'on vous demande de trahir tout cela pour votre intérêt personnel, que Dieu m'en garde ! », a-t-il martelé.

Moussa Kanté déclare également détenir des preuves d’autres tentatives de corruption survenues par la suite, sans toutefois en préciser la nature.

Moussa Kanté décrit par ailleurs une course-poursuite qui se serait produite alors qu’il se rendait à Kankan pour saisir les autorités supérieures.

Il affirme avoir été pourchassé depuis Somokoro. À Wolondou, un militaire accompagnant le convoi aurait braqué une arme sur lui. Près de Dabadou, un véhicule aurait également tenté de percuter sa moto.

Réfugié dans une concession familiale, il affirme en avoir été extrait de force : « Ils sont venus nous y arracher de force, déchirant mes habits et me rouant de coups, avant de me jeter dans la voiture », a-t-il témoigné.

Il ajoute que son téléphone, avec lequel il avait filmé la scène, lui aurait été confisqué et que les images auraient été supprimées avant sa libération.

Contactées par la rédaction, les personnes citées par Moussa Kanté, notamment le maire de la commune urbaine de Kankan, Lamine Labo Kourouma, n’ont pas répondu à nos sollicitations au moment de la publication de cet article. Leurs réactions seront intégrées dès qu’elles nous parviendront.