La Conférence internationale N’Ko a poursuivi ses travaux ce 27 septembre à Abidjan avec un grand panel réunissant douze organisations venues de plusieurs pays africains. Chacune a présenté ses réalisations, ses difficultés et ses perspectives pour le développement de l’écriture N’Ko dans le monde, particulièrement dans l’espace mandingue.

La séance a été ouverte par le griot mandingue Mandén Djeliba Kouyaté, qui a livré une poésie en hommage aux héros africains. Cette entrée en matière a donné le ton d’une journée dédiée aux bilans et aux ambitions.

Depuis le Burkina Faso, Bah Sidiki Sanoh, représentant l’organisation M3, a présenté les avancées de son association dans le numérique. « Les valeurs des langues sont maintenant comptées par leur présence ou leur absence sur internet », a-t-il souligné. M3 a contribué à plusieurs applications en N’Ko, notamment la numérisation du Coran et la traduction de contenus audiovisuels. L’un des jalons majeurs reste l’intégration du N’Ko à Wikipédia en mai 2019, grâce à la coordination du Professeur Baba Mamady Diane.

En Côte d’Ivoire, l’écrivain et journaliste Fatouma Lonceny Sidibé a rappelé que l’écriture N’Ko est avant tout une science et non une religion : « Le N’Ko n’est pas une croyance. C’est un outil universel, capable de répondre aux besoins de tous. »

Pour l’OMD-N’Ko, organisateur de la conférence, son vice-président Solo Frabado Cissé a plaidé auprès des gouvernements africains afin que « le N’Ko devienne l’écriture des langues africaines, comme le latin l’a été pour l’Europe ».

Le médecin guinéen Dr Kotèban Camara est revenu sur la médecine africaine et ses sources : « Les plantes, les racines et les produits animaux sont la base de notre pharmacopée. La médecine africaine a ses spécialistes, avec des doses précises, contrairement à ce que certains pensent. »

D’autres intervenants ont insisté sur les défis de la vulgarisation. Le Burkinabè Doumou Sadama Dembélé a déploré que « beaucoup d’Africains ne connaissent même pas le N’Ko », appelant à une meilleure organisation pour sa diffusion.

Le Malien Youba Djigui Keïta, de l’Académie scientifique N’Ko, a mis en avant l’insertion de l’écriture dans certaines universités du Mali : « Le N’Ko est un savoir qui peut développer le Manding. » Son compatriote Souleymane Diabaté a insisté sur la capacité du N’Ko à transcrire les nombreux dialectes mandingues.

En Guinée, Elhadj Mamady Souaré a exprimé son optimisme : « Je suis content, car cet événement montre que le N’Ko avance beaucoup. Le Manding est le berceau du N’Ko. L’étudier ici est plus important qu’ailleurs. »

Le linguiste Nansady Keïta a détaillé les capacités grammaticales de l’écriture, allant de la conjugaison aux particules, suscitant un grand écho. D’autres ont apporté des réflexions pragmatiques, comme Gnama Solomana Traoré du Mali : « Si tu as beaucoup de plaies, il faut d’abord soigner celle qui te fait le plus mal. »

Le géologue Ousmane Badja Koulibaly, président d’un mouvement au Mali, a pour sa part plaidé pour une nouvelle voie : « Ce que l’Afrique a besoin aujourd’hui, c’est la science. La littérature seule n’a jamais développé un pays. »

Enfin, le Libérien Sadan Mamady Keïta a montré la capacité du N’Ko à combiner et enrichir les mots issus de différentes langues africaines.

Cette deuxième journée a confirmé la dynamique collective des promoteurs de l’écriture N’Ko, partagée entre la valorisation d’acquis majeurs et la volonté d’inscrire cette écriture au cœur de la modernité africaine.

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