Le projet de la nouvelle Constitution lu récemment à la télévision nationale suscite un vif intérêt chez les acteurs engagés dans la promotion des langues nationales. L’article 5 du texte constitutionnel reconnaît désormais ces langues comme officielles aux côtés du français, tout en précisant que ce dernier reste la langue de travail. Une avancée saluée par plusieurs promoteurs interrogés par silabosoona.com, qui y voient une reconnaissance historique, mais appellent à une mise en œuvre effective sur le terrain.
« On est content de cet article pour plusieurs raisons. Depuis l’indépendance, cela fait plus de soixante ans que plusieurs régimes se sont succédé, chacun faisant ce qu’il pouvait pour valoriser nos langues nationales. Mais ce qu’on voit aujourd’hui, c’est du jamais vu », s’est réjoui Bassabaty Sidibé, coordinateur des associations N’ko de Kankan (Semba).
Dans la même dynamique, Amadou Sountou Diaby, promoteur de la langue N’ko et tradipraticien, estime que cette reconnaissance constitutionnelle marque une rupture avec le passé : « C’est la première fois dans l’histoire que nos langues sont officialisées au même titre que le français. Mais pour que le peuple ait confiance, cela ne doit pas rester une déclaration sur le papier. Il faut que cela se traduise dans la pratique. »
Malgré cette satisfaction, certains restent vigilants. Bassabaty Sidibé rappelle que « les pays qui avancent, avancent dans leur propre langue. Même si le français reste langue de travail, le fait que nos langues soient désormais reconnues officiellement est une avancée majeure. » Toutefois, il insiste sur la nécessité d’un engagement politique fort : discours officiels dans les langues nationales, traduction des actes de l’État, et encouragement à l’enseignement de ces langues dès le bas âge.
Karamo Djondjon Keita, représentant du mouvement Guinée Kanountéya pour la promotion des langues nationales, partage cette vision, tout en soulevant une ambiguïté : « L’article dit d’un côté que les langues nationales et le français sont les langues officielles de la République, et de l’autre que le français est la langue de travail. Cela crée une confusion. Si le président du CNT, Dr Dansa Kourouma, nous a assurés de l’égalité entre les langues nationales et le français, il faut que cela se reflète aussi dans la pratique. »
Pour lui, l’objectif ultime est que l’apprentissage des langues nationales permette aussi un accès à l’emploi : « Si un parent inscrit son enfant dans une école en langue nationale, il doit être sûr que cet enfant pourra, demain, travailler dans l’administration. »
Silabosoona.com entend continuer à recueillir les réactions d’autres acteurs concernés dans les jours à venir, afin d’accompagner le débat citoyen sur cette réforme majeure.


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